Le numéro 9 du Real Madrid s’est ainsi comparé à une Formule 1, là où Olivier Giroud ne serait qu’un kart. Qualifier ainsi l’avant-centre titulaire de l’équipe de France championne du monde est inutilement méprisant. On rappellera toutefois que nous fûmes champion du monde en 1998, avec Stéphane Guivarc’h en pointe… L’argument de la victoire n’est donc pas imparable.

Giroud n’est pas un mauvais joueur, pas un mauvais 9. Bon de la tête, sachant peser sur les défenses adverses, plutôt adroit et assez fin techniquement pour un joueur de sa taille et de son poids. Giroud n’est pas un kart. Il n’en est pas pour autant, un joueur hors classe, un « fuoriclasse » comme disent les italiens. S’il ne mérite pas le dénigrement dont il est souvent l’objet, il n’est pas un grand joueur.

Un grand joueur est ce qu’est, bien plus sûrement, Karim Benzema. Ses titres et sa longévité au Real sont exceptionnels. Lieutenant de luxe de Ronaldo (pas le vrai, l’autre) pendant des années, il s’est mué en leader offensif de l’équipe après le départ du Portugais. Il a ce que Giroud n’a pas : la constance et les titres en club, la capacité à systématiquement éteindre la concurrence à son poste, là où Giroud n’a jamais été un titulaire indiscutable, ni même un titulaire du tout, que ce soit à Arsenal ou à Chelsea.

Karim Benzema est un meilleur joueur de football qu’Olivier Giroud. On pourrait en conclure logiquement qu’il mérite bien plus que Giroud d’être l’avant-centre titulaire de l’équipe de France. Le football n’est toutefois pas si simple et Didier Deschamps n’est pas exactement un ignorant. Je me souviens bien de la polémique concernant Ginola et Cantona, nos meilleurs joueurs de l’époque, qu’Aimé Jacquet avait laissé à la maison pour l’Euro 1996, puis la coupe du monde 1998.

Un équipe est d’abord un groupe, un assemblage de compétences et d’égos. Benzema a eu très largement sa chance en bleu. Il a 81 sélections en équipe de France. Pour 27 buts (dont une bonne partie contre l’Estonie, les Iles Féroé ou le Honduras, contrairement à la légende voulant que Benzema n’aurait marqué que contre les grandes équipes, alors que Giroud ne serait performant que contre les faibles). Or, il n’y a pas particulièrement brillé. Il a fait une assez bonne coupe du monde 2014, mais globalement Benzema n’a jamais été étincelant en équipe de France. Sur le plan strictement sportif, sa non sélection est évidemment éminemment critiquable, mais elle n’est pas non plus un scandale absolu. En tout état de cause, Deschamps et Le Graët ont choisi le gentil et docile Giroud, à un Benzema que nimbe en France, une aura de souffre.

Mais au fond, le sportif est ici assez secondaire et tout le monde est à peu d’accord pour reconnaître que Benzema est un meilleur joueur de football qu’Olivier Giroud.

Ce qui est intéressant, c’est d’observer à quel point l’appréhension du cas Benzema est symptomatique du la frustration des hommes d’origine maghrébine dans notre pays. Il suffit de consulter les commentaires des internautes sur les sites sportifs pour mesurer à quel point l’objet Benzema est un objet ethnicisé. Benzema est investi par ses fans (parmi lesquels les français d’origine maghrébine sont très surreprésentés) du paradigme de l’homme arabe en France : mal aimé, mauvais français, accusé de comportements délictueux, confronté à un plafond de verre, « under arrest cause you’re the best »…

Même génie du foot, Benzema est, pour ses fans comme pour ses détracteurs, avant tout un arabe. C’est triste et c’est régressif. Il est inquiétant de relever qu’à son époque, Zidane n’avait au contraire jamais vraiment été un objet ethnique. Le niveau baisse.