Suite à ses propos haineux à l’égard de la communauté musulmane, Eric Zemmour a été relaxé en appel. Dans le même temps, on apprend qu’Emmanuel Macron discute avec le polémiste d’immigration.

Ce mercredi, la cour d’appel de Paris a estimé que les propos d’Eric Zemmour, datant d’un rassemblement organisé par le RN de Marion Maréchal Le Pen en 2019, ne « visaient pas tous les Africains, les immigrés ou les musulmans » mais uniquement « une fraction ». Alors qu’il avait initialement été condamné à une amende de 10 000 euros, il a donc été relaxé.

Une décision « aberrante et dangereuse » selon les associations prenant part au procès, qui comptent se pourvoir en cassation. Dans le fond, les propos d’Eric Zemmour, traitant les immigrés de « colonisateurs » et le voile ou la djellaba d’« uniformes d’une armée d’occupation », lui avaient valu une condamnation préalable. Le tribunal correctionnel de Paris estimait alors que ses propos constituaient une « exhortation à la haine envers la communauté musulmane ». Et si le potentiel candidat à la présidentielle de 2022 se cache souvent derrière une « dissidence » autoproclamée, le tribunal considérait qu’il dépassait les limites de la liberté d’expression.

Au-delà de la justice, la responsabilité de tels propos incombe surtout à CNews, qui a laissé le polémiste déverser son discours pendant plusieurs années. Zemmour est en effet omniprésent sur les médias français depuis des années. Et le racisme, la xénophobie et l’islamophobie de ses propos ne font plus de doute. Il a fallu attendre que le polémiste rende publiques ses ambitions politiques afin que le CSA ne réclame un décompte de son temps de parole sur les médias. La chaîne du groupe Canal+, CNews, a annoncé ce lundi l’interruption de son émission « Face à l’info ».

Zemmour et Macron, la même vision de l’immigration

S’il est mis en avant pas les médias, un autre événement montre à quel point Zemmour est écouté, même dans les plus hautes sphères de l’Etat. Le polémiste est parti en tournée pour promouvoir son livre à paraître. Il y raconte notamment qu’en mai 2020, Emmanuel Macron l’a appelé. « L’inconscient collectif de ces populations musulmanes est de coloniser l’ancien colonisateur, de dominer l’infidèle au nom d’Allah », disait alors un Zemmour au président de la République. Et Macron de rétorquer que son interlocuteur « avait raison sur ce point », avant de demander à Zemmour de lui faire une note sur son « plan sur l’immigration ». Seul hic, Zemmour pensait que Macron était « un Sarkozy en moins vulgaire » et un « Hollande en mieux vêtu ». Et il ne donna donc pas suite à la demande de Macron.

Mais la demande d’Emmanuel Macron a de quoi surprendre. En plus de dispenser sa haine généreusement sur le plateau de CNews, sur les ondes de RTL ou encore dans les pages du Figaro, Zemmour est donc promu par la classe politique au pouvoir. Etonnant quand on sait que Zemmour estime : « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire », ou encore : « Les employeurs ont le droit de refuser des arabes et des noirs ». Eric Zemmour n’en reste pas moins séducteur, du haut du pouvoir que les 8 % d’intentions de vote lui confèrent, il théorise : « Les valeurs féminines sont incompatibles avec l’incarnation du pouvoir ». Avant de surenchérir : « La domination sociale a un fort pouvoir érotique chez la femme ». Tant de théories abracadabrantes dont le contexte ne justifie jamais la pertinence. Mais en bon séducteur, ses scandales semblent faire le beurre des médias, qui ont créé un monstre.