En ces temps de confinement, je pense beaucoup à George Orwell. Que le penseur de la décence commune soit également celui de la société totalitaire recèle en effet une cohérence particulièrement actuelle.

La décence commune des honnêtes gens est le meilleur rempart face au glissement totalitaire de l’Etat. Notre capacité collective à réagir dignement aux crises les plus graves est le meilleur moyen de nous prémunir contre la société de surveillance qui vient.

Car paradoxalement, la dignité d’aujourd’hui est dans notre docilité aux décisions gouvernementales. Il y a un temps pout tout. Le temps actuel est celui de l’obéissance au confinement. Se rebeller contre ces ordres, c’est creuser la tombe des autres et celle des libertés de demain. Car il y aura un lendemain, un temps d’après la pandémie. Sur le plan de l’Etat de droit et des libertés fondamentales, tel est aujourd’hui le seul enjeu réel : demain.

Qu’on ne s’y trompe pas. Dans le contexte de régression démocratique qui est le nôtre depuis une dizaine d’années, les mesures d’exception ont une fâcheuse tendance à intégrer le droit commun, une fois la situation d’exception terminée.

C’est sûrement la tendance naturelle de l’Etat, a fortiori quand le vent de l’époque est mauvais : surveiller et punir, plus, toujours plus.

Les bons bourgeois de Paris s’en sortiront toujours. C’est aux habitants des quartiers populaires que je pense. Ces lieux de magnifique solidarité et d’effroyable désordre. Les jeunes indisciplinés sont dangereux. Pour la santé de leurs proches et pour les libertés de tous. Car le gouvernement ne cèdera pas. Il cognera.

Restez chez vous ! Même si c’est petit. Même si c’est chiant.

Il est bon qu’il y ait des médecins et chercheurs rebelles, comme le Professeur Raoult. Karl Popper nous a en effet appris que la science était une histoire de réfutation, pas de consensus. Mais nos rues n’ont pas besoin de rebelles. Elles ont besoin de vide.

Nous nous battrons demain avec d’autant plus d’efficacité et de crédibilité, que nous ne jouons pas contre nous-mêmes aujourd’hui.