Le Dakar n’a plus rien d’Africain depuis plus de dix ans. En effet, la plus célèbre course mécanique du monde se déroule en Amérique du Sud depuis 2009, en raison des menaces terroristes dans la région sahélo-saharienne. Alors qu’un retour en Afrique était souhaité pour 2020, notamment par Jean Todt, le président de la Fédération internationale automobile, le rallye se déroulera finalement en Arabie saoudite. Pilotes d’autos, de motos, de quads et de camions ont donc rendez-vous dans le désert saoudien dès janvier prochain.

Les droits des femmes bafoués

Un choix qui, évidemment, a fait polémique. Notamment à cause de la gestion de la question des droits humains par la famille royale : quelques mois seulement après l’assassinat de Khashoggi et alors que plusieurs vagues d’arrestations arbitraires ont à nouveau eu lieu, organiser une compétition sportive dans le pays du Golfe fait tache. Mais pour pour l’organisateur, ASO. « On s’est réuni pour réfléchir. Mais on a eu beaucoup de garanties du pays, on sait qu’il y a une volonté d’ouverture. Le Dakar n’est pas le premier à aller en Arabie saoudite, il y a déjà beaucoup de gens qui y vont », indiquait récemment à l’AFP David Castera, le nouveau patron de la course.

Et pourtant, l’arrivée du Dakar en Arabie saoudite pose plusieurs soucis. Le premier, c’est la bataille diplomatique qui oppose le royaume au Qatar. Le gagnant de la dernière édition, Nasser al-Attiyah, est qatarien. Il défendra son titre dans un contexte géopolitique tendu, son pays étant boycotté par la coalition menée par l’Arabie saoudite. Le second, c’est le droit des femmes. Si les Saoudiennes ont désormais le droit de conduire, elles demeurent sous la « tutelle » d’un mâle. Pour voyager, se marier ou travailler, elles doivent avoir l’autorisation de leur mari ou père. Les treize femmes engagées sur le Dakar 2020 piloteront donc dans un pays dans lequel elles n’auraient jamais pu vivre leur passion.

France Télévisions complice de la répression saoudienne

Malgré tout, l’opération de communication de l’Arabie saoudite devrait fonctionner à merveille. Avec la complicité notamment de France Télévisions, qui diffusera la compétition. Comme le rappelle la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) dans un communiqué, dans sa charte, le groupe France Télévisions indique que « la télévision de service public a vocation à constituer la référence en matière de qualité et d’innovation des programmes, de respect des droits de la personne, de pluralisme et de débat démocratique ». Or, toujours selon cette charte, « toute émission produite ou acquise à l’extérieur doit se conformer aux principes de cette charte ». Comment France Télévisions peut-elle diffuser une compétition qui se déroule dans un pays qui ne respecte par les droits humains ?

La FIDH a longtemps réclamé l’abandon de la diffusion du Dakar par France Télévisions. Delphine Ernotte, grande prêtresse des droits des femmes, n’a pas semblé gênée par les propos des autorités saoudiennes qui estiment que le féminisme est une « arme au service d’une guerre idéologique » et qui menacent les féministes de « peines aggravée pouvant aller jusqu’à la prison et à la flagellation ». Depuis juin 2018, le royaume détient une douzaine de militantes féministes, pour certaines soumises à la torture. « Pour toutes ces raisons, mais aussi par respect pour les femmes et les hommes emprisonnés en Arabie saoudite, nous demandons au groupe France Télévisions de dénoncer immédiatement un partenariat indécent devenu contraire à ses principes et à sa charte », indique la FIDH, alors que la télévision publique fait la sourde oreille.