Pressenti pour diriger la Fondation pour l'Islam de France, Jean-Pierre Chevènement est critiqué autant à droite qu'à gauche.

Français musulmans et dirigeants politiques se sont étonnés du choix de placer Jean-Pierre Chevènement à la tête d’une Fondation pour l’Islam de France.

« J’ai une suggestion incroyable à faire s’agissant de l’organisation de l’Islam en/de France : et si on demandait l’avis des musulman(e)s ? » C’est par cette phrase ironique que Marwan Muhammad, directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) répond à la rumeur qui envoie Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation des œuvres de l’Islam de France. Le nom de l’ancien ministre de l’Intérieur a provoqué une levée de boucliers chez les musulmans de France, qui ne comprennent pas que la réorganisation de l’Islam soit confiée à un non-musulman, qui a en plus été critiqué il y a plusieurs années pour avoir échoué dans sa mission de réunir toutes les organisations musulmanes de l’Hexagone autour d’un même projet. Nathalie Goulet, la sénatrice qui connaît le mieux la question de l’Islam en France, exprime elle aussi son scepticisme : « Il n’y a pas de Français de confession musulmane à la hauteur ? », demande ainsi la parlementaire.

Laurence Rossignol aurait préféré une femme

Si Jean-Pierre Chevènement s’est dit prêt à accepter le poste — « C’est une tâche difficile à laquelle on ne se dérobe pas », dit-il —, à gauche comme à droite, on critique l’idée de François Hollande, soufflée en mars dernier par Bernard Cazeneuve. La ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, qui s’était faite remarquer pour sa sortie sur la « mode pudique », estime que le bon profil serait « quelqu’un de culture musulmane, qui ait une connaissance de la subtilité humaine de l’Islam, quelqu’un de laïque et peut-être, le meilleur profil, ce serait une femme également. » Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, s’étonne également du choix du « Che » : « Tant qu’à placer les musulmans sous tutelle, pourquoi pas Bernard Cazeneuve ? », demande-t-elle ironiquement. Même François Bayrou estime qu’il s’agit d’« un choix surprenant et qui pose des questions. » Finalement, le plus emballé dans cette nomination reste… Bernard Cazeneuve. Le ministre de l’Intérieur assure que Chevènement est une « grande figure de la gauche républicaine » qui est « respecté dans le monde arabo-musulman depuis son opposition à la guerre en Irak. » D’après lui, « il aura la stature nécessaire pour solliciter des fonds auprès des entreprises et de riches donateurs du monde arabo-musulman. »

Pierre Z. Lajarge

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