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Débats

« Contre-feu » : Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Natacha Polony, directrice de Marianne, s’exaspère quand on rappelle qu’une certaine presse entretient dans l’opinion une défiance permanente à l’égard des musulman·e·s.

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Après l’attentat de Christchurch, l’ex-ministre de l’Éducation nationale Nadjat Vallaud-Belkacem (1) a fait un tweet, fort bien senti, pour rendre hommage aux victimes et dénoncer « l’indignation hypocrite (…) de ceux qui », dans la presse et les médias, « ont contribué, année après année, à promouvoir » dans l’opinion une défiance permanente à l’égard des musulman·e·s. En guise d’illustration : elle a produit une série de couvertures alarmistes, consacrées (tout ou partie) à l’immigration et à l’islam, de magazines parmi lesquels figurait notamment l’hebdomadaire Marianne.


Quand elle a découvert ce tweet, Natacha Polony, directrice de Marianne, s’est fâchée : elle a considéré que cette mise en cause – et quelques autres – était indigne, qu’elle constituait une scandaleuse attaque contre d’exemplaires défenseurs de « la laïcité », et qu’elle relevait d’une « récupération abjecte de l’horreur » terroriste. Puis de répéter : « Voilà qui relève de l’escroquerie intellectuelle et de la récupération la plus ignoble. »

Mais lorsqu’en 2015 Marianne avait, après les attentats de Paris, consacré sa couverture à de prétendus « complices de l’islamisme » – parmi lesquels cette si délicate publication comptait notamment Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart : Natacha Polony, qui tenait à l’époque une chronique hebdomadaire au Figaro, ne s’était aucunement émue de ce procédé scandaleux, et n’avait nullement dénoncé une « récupération abjecte de l’horreur ».

Escroquerie intellectuelle

De la même façon, lorsqu’en octobre 2017 Le Figaro – où elle avait toujours sa chronique – avait consacré la couverture de son supplément du week-end à une très fantasmatique « islamosphère », et avait dressé à son tour une longue liste de soi-disant « agents d’influence de l’islam » dans laquelle figurait notamment Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité : Natacha Polony s’était abstenue de considérer que cette détraction d’un irréprochable défenseur de la laïcité était une « escroquerie intellectuelle » (2).

Natacha Polony s’accommode donc parfaitement de ce qu’une certaine presse rompue à l’exercice de l’amalgame déhonté dresse des listes infâmantes de « complices » fantasmés « des islamistes », ou d’imaginaires  « agents d’influence de l’islam » – mais en revanche : elle tolère très mal la suggestion que la haine islamophobe de certains fanatiques puisse aussi se nourrir de ces couvertures et dossiers anxiogènes par lesquels des magazines entretiennent depuis des années une anxiété constante à l’égard de l’islam.

La directrice de Marianne voudrait en somme que cette presse soit traitée avec les égards dont elle s’exonère si facilement – et cela organise une philosophie pas complètement nouvelle, mais qui a du moins le mérite de sa grande simplicité : faites ce que je dis, pas ce que je fais.

(1) Qui se montrait peut-être un tout petit peu moins ostensiblement sensible à ces stigmatisations lorsqu’elle servait dans le même gouvernement que Manuel Valls.

(2) Mais il est vrai aussi que lorsqu’elle travaillait pour Le Figaro, Natacha Polony, si elle pouvait se montrer parfois un peu vive, savait aussi faire preuve de retenue : elle n’avait, par exemple, pas trouvé « abjecte » la chronique, publiée en 2016 par ce même journal, dont l’auteur, Éric Zemmour, évoquait « le grand remplacement » d’« un peuple français » par « un peuple arabo-musulman »…

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