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Débats

« Contre-feu » : À quelques pas de M. Ménard

C’est un sempiternel débat : de Decathlon au salon de la femme et du bien-être de Béziers, le foulard est fustigé de toutes parts. Même par ceux qui se prétendent républicains…

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Le 8 mars dernier, Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, a donc interdit à une exposante voilée (qui a depuis porté plainte pour discrimination) d’accéder au « Salon de la femme et du bien-être » (sic) organisé par sa municipalité.

On peut (et doit) s’en indigner, comme on peut (et doit) déplorer que cette décision n’ait pas provoqué plus de scandale. Mais on ne peut (et ne doit) évidemment pas s’en étonner – car Robert Ménard l’a prise dans un contexte qui lui était pour le moins très favorable.

Quelques jours plus tôt, en effet : l’enseigne de distribution d’articles de sport Decathlon avait été, à la fin du mois de février, contrainte, sous la pression, de renoncer à la commercialisation d’un hijab de running. Et cette pression n’avait pas été seulement exercée par la droite réactionnaire, mais, tout aussi résolument, par des gens très comme il faut.

Pour mémoire : Agnès Buzyn, ministre de la Santé d’Emmanuel Macron (qui ne s’est jamais formalisée de ce que son gouvernement entretienne d’étroites relations commerciales avec l’Arabie saoudite, où les femmes sont, selon Amnesty international, « toujours en butte à une discrimination systémique, dans la législation et dans la pratique »), avait par exemple déclaré, après avoir tout de même rappelé, dans une brève concession au droit et à la raison, que la vente de ce vêtement n’était aucunement « interdit par la loi », qu’elle « aurait préféré qu’une marque française ne promeuve pas le voile. » La députée Aurore Bergé, porte-parole du parti présidentiel avait quant à elle tweeté, le 26 février : « Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs. » François Bayrou, président du Mouvement démocrate (Modem), avait ajouté : « La société française, c’est une société qui dans sa tradition refuse qu’on couvre le visage et le corps humain à l’excès ». Et Valérie Rabault, cheffe du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, avait de son côté appelé, en toute simplicité, à boycotter Décathlon.

Ces irréprochables républicain·e·s, en proclamant en chœur leur inacceptation de la mise en vente (pourtant tout à fait légale) d’un hijab de running, exprimaient en somme leur refus de l’idée même que des musulmanes puissent apparaître ainsi vêtues dans l’espace public.

Or : c’est également cela que Robert Ménard dit refuser lorsqu’il interdit à une exposante voilée de participer à son « Salon de la femme et du bien-être ». Et il pioche, pour justifier cette interdiction, dans le même vocabulaire, exactement, qu’Aurore Bergé, puisqu’il prétend ainsi œuvrer, assure-t-il sans rire, à la préservation des « valeurs françaises de liberté et d’émancipation ».

Les éminent·e·s personnalités centristes, macronistes et socialistes – liste non exhaustive – qui se sont mobilisées au mois de février contre Decathlon marchent donc à quelques pas seulement du maire d’extrême droite de Béziers : M. Ménard n’a, de vrai, que quelques mètres d’avance sur elles, lorsqu’il tire les leçons concrètes, pour bannir une femme voilée, de leurs si démocratiques condamnations d’un hijab.

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