Deux jeunes femmes sont allées à Sevran pour montrer que derrière les clichés se cachent des habitants sympa et loin d'être des terroristes.

Deux jeunes femmes sont allées filmer Sevran, une ville accusée d’être le Molenbeek français. Et le résultat est loin de l’image que les médias donnent de la ville…

« Avec ses 50.000 habitants, ses 73 nationalités pour une population à 90 % d’origine étrangère, son taux de chômage à 17 %, elle figure parmi les cent communes les plus pauvres de France. » Voici comment Le Figaro présentait la ville de Sevran le 21 mars dernier. Dans un pays où les statistiques ethniques sont illégales, ce chiffre de 90 % étonne. Le maire de la ville, Stéphane Gatignon, excédé, avait conseillé aux journalistes du quotidien de droite d’appeler l’Insee. La journaliste du Figaro affirme avoir obtenu cette information d’« une source institutionnelle, spécialiste de la démographie et de l’immigration en Seine-Saint-Denis, qui a accès à des données officielles. » Mais n’en dit pas plus.

Des statistiques démenties les démographes

Certes, la part d’étrangers et de personnes d’origines étrangères est plus importante à Sevran qu’ailleurs. Les immigrés représentent 30 % de la population de la ville, d’après une statistique de 2010 relayée par Libération. Soit. Mais comme le demande le quotidien, « qu’est-ce qu’une personne origine étrangère ? A partir de quand cesse-t-on d’être d’origine étrangère ? » Même Michèle Tribalat, la démographe préférée du Front National, estime que les jeunes de moins de 18 ans ayant au moins un parent immigré représentent 66 % du total de jeunes, un tiers d’entre eux ayant des immigrés d’origine européenne.

Et quand bien même, ce pourcentage plus élevé que la moyenne nationale fait-il pour autant de Sevran un Molenbeek français ? Widad Ketfi, journaliste indépendante et blogueuse au Bondyblog, et Sihame Assbague, porte-parole du collectif « Stop le contrôle au faciès », sont allées sur place pour notamment vérifier les dires du Printemps républicain qui indiquait que l’on n’a plus le droit de dire « J’aime la France » en banlieue ou qu’il est « difficile de rentrer sur une ligne de bus si on n’est pas barbu. » « Au delà du débat sur la laïcité soulevé par ces affirmations, j’ai la sensation qu’un imaginaire s’est créé autour du musulman terroriste », explique Widad Ketfi au site Les Observateurs de France 24.

La responsabilité des politiques

Résultat : une contre-enquête qui va à l’encontre des préjugés. Les deux femmes semblent avoir passé de bons moments en banlieue et plus particulièrement à Servan. Loin de la stigmatisation des médias. « Les clichés existent, un certain contexte fait que l’on peut voir la réalité de façon déformée. Mais ce qui me dérange le plus c’est que des responsables politiques s’emparent de ces représentations pour en faire une ‘réalité’. De la même manière, les tweets évoqués ont distillé des idées fausses. Je considère que c’est malhonnête », explique Widad. Toute la contre-enquête et ses suites sont à retrouver sur le hashtag #ContreEnquêteWS.

Yassine Bannani

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