Interview exceptionnelle du chef de la diplomatie de Bahreïn à une TV israélienne et présence inédite de participants et de journalistes israéliens ont marqué la rencontre de mardi et mercredi à Manama, où les Etats-Unis ont présenté un plan visant à revitaliser une économie palestinienne en crise chronique.

Les ressortissants de l’Etat hébreu sont généralement persona non grata dans les pays du Golfe, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël.

« Israël fait partie de l’héritage de cette région historiquement, le peuple juif a une place parmi nous et c’est la raison pour laquelle je veux leur dire (aux Israéliens): nous devrions parler », a dit cheikh Khaled ben Ahmed Al-Khalifa dans un entretien à la chaîne de télévision privée Channel 13 diffusé mercredi.

Pour Neil Partrick, spécialiste du Golfe, cette interview « est la principale réussite » de la conférence, du point de vue d’Israël et aussi des Etats-Unis, qui sont alliés à la fois de l’Etat hébreu et des pays du Golfe.

« Des pays comme Bahreïn sont plus disposés à s’engager ouvertement (vis-à-vis d’Israël) mais je pense qu’il serait très prématuré de s’attendre à autre chose qu’à un flirt sans changement significatif sur le terrain », tempère toutefois, dans une déclaration à l’AFP, Elizabeth Dickinson, analyste au centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Hostilité partagée

Les Etats arabes du Golfe sont incités à faire cause commune avec Israël en raison d’une hostilité partagée pour l’Iran accusé de vouloir étendre son influence dans la région et de chercher à se doter de l’arme nucléaire.

« Le message du Golfe est en fait assez clair à mon avis: Israël pourrait être un allié utile et stable dans une région instable, mais seulement s’il y a un accord avec les Palestiniens », décrypte Mme Dickinson.

Neil Partrick va dans le même sens en estimant « peu probable de voir l’atelier de Bahreïn déboucher directement sur des relations diplomatiques complètes avec Israël sans le soutien des dirigeants palestiniens à un accord final et politique ».

L’administration palestinienne a boycotté la rencontre de Bahreïn, durant laquelle Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, a défendu le volet économique d’un plan américain de règlement au Proche-Orient, un préalable selon lui à un accord de paix.

Aux yeux de l’Autorité palestinienne, M. Kushner a fait miroiter ce plan de 50 milliards de dollars d’investissements dans les Territoires palestiniens et les pays voisins afin de permettre à l’administration Trump, ouvertement pro-israélienne, d’imposer une solution politique qui serait défavorable aux Palestiniens et ignorerait leur revendication d’un Etat indépendant.

Les dirigeants palestiniens ont rompu tout contact formel avec Washington depuis que M. Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Limites du rapprochement

Dans un rapport publié mercredi, l’ICG écrit que « si la conférence de Bahreïn aura une place dans les futurs livres d’histoire, ce sera pour exposer les limites du rapprochement arabo-israélien ». « L’acceptation manifeste d’Israël dans la région l’oblige à résoudre son conflit avec les Palestiniens (…) ».

En dépit de leur participation à la rencontre de Bahreïn, les alliés arabes des Etats-Unis restent engagés par le plan de paix arabe présenté en 2002 et qui conditionne la normalisation avec Israël à son retrait des territoires arabes occupés depuis 1967.

Le sultanat d’Oman, qui apparaissait comme le plus ouvert des pays du Golfe vis-à-vis d’Israëlayant reçu à Mascate le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a annoncé mercredi son intention d’établir une ambassade dans les Territoires palestiniens.