L'interdiction de conduire en Arabie Saoudite pour les femmes suscite la mobilisation des activistes pour décrocher ce droit.

En Arabie Saoudite, les femmes ont vu certains de leurs droits confisqués au nom de la religion. Encore privées de l’accès au volant, les saoudiennes commettent un acte haram, selon les oulémas, si elles conduisent une voiture. La question épineuse de l’interprétation de la Chariaa continue donc de se poser. L’islam interdit-il aux femmes de conduire ? S’agit-il de simples coutumes et traditions ?

Conduire en Arabie Saoudite: la fatwa

Selon la fatwa de Cheikh Abdel Aziz Bin Baz, émise en 1990, la conduite des voitures par les femmes peut mener à des actes haram tels que la « khalwa » qui signifie la réunion en privé entre un homme et une femme. Pour parer à l’interdiction les saoudiennes font souvent appel à des chauffeurs pour se déplacer. Mais, le fait qu’elles soient accompagnées d’un homme dans la voiture ne constitue-il pas la « khalwa » décriée par les oulémas ? Il apparaît clairement que cette fatwa est fondée sur des prémisses discutables. Toujours selon le Cheikh Abdel Aziz Bin Baz, une femme qui conduit une voiture peut se laisser aller et abandonner son voile, quitter la maison sans « mahram » ou se rendre dans des endroits illicites. Il rajoute également que « La pure charia interdit également les moyens permettant de commettre des actes tabous, et considère ces actes « haram » en eux-mêmes … Ainsi, la charia pure interdit-elle tous les moyens conduisant au vice … La conduite des voitures par les femmes est l’un des moyens menant à cela » . A court d’arguments, un autre religieux stipule que « les femmes qui conduisaient risquaient d’avoir des enfants anormaux en raison de la pression sur leurs ovaires » , de quoi susciter la colère des femmes sur les réseaux sociaux mais aussi des hommes. En effet, un jeune humoriste saoudien, Hisham Fageeh, a réinterprété la fameuse « No woman, no cry » à « No woman, no drive » pour afficher sa solidarité et son soutien pour cette cause.

Un vent de révolution souffle dans l’Arabie Saoudite

Les lois sont faites pour être transgressées ! C’était le mot d’ordre qui motivait les femmes saoudiennes à braver l’interdit. En 2013, une campagne intitulée « Women2Drive » invitait les femmes à conduire en Arabie Saoudite et à défier les lois. 9700 personnes ont signé une pétition en ligne invitant le gouvernement saoudien à lever cette interdiction. La mobilisation est toujours en cours. Lundi, 1er Décembre 2014, la jeune activiste saoudienne, Loujain Al Hathloul, a été arrêtée alors qu’elle voulait franchir au volant la frontières entre les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite. « Un conducteur détenant un permis de conduire délivré dans un pays du Golfe a le droit, sans entamer aucune démarche, d’utiliser son permis dans un autre pays du Golfe. Cet accord ne fait pas référence au sexe du conducteur. En effet, les femmes peuvent conduire dans tous les pays du Golfe à l’exception de l’Arabie », précise Alia Al Hathloul la sœur de l’activiste.

Du côté du conseil de la Choura, les mentalités changent. En effet, quelques membres ont soutenu la levée partielle de l’interdiction en formulant certaines conditions. Pour qu’une femme puisse conduire en Arabie Saoudite, elle doit être âgée de plus de 30 ans avec le visage non maquillé. Elle doit également avoir l’autorisation d’un homme pour jouir de ce droit qui n’est valable qu’avant 20h. Ces recommandations restent sans force probante vu que le gouvernement saoudien n’est pas contraint de respecter les propositions du conseil de la Choura.

Source ( ici et )

Yassine Bannani

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