Il y a ceux qui se sont indignés suite à la photo postée par Antoine Griezmann sur les réseaux sociaux — grimé en basketteur noir des Harlem Globetrotters — et les autres, qui ont crié à la victimisation. Sauf que, comme l’explique très justement Eric Fassin, professeur de sociologie, « être noir, ce n’est pas un travestissement, ce n’est pas pour rire ; c’est une condition, prise dans une histoire raciale. » Certes, Griezmann a voulu « rendre hommage » aux basketteurs qu’il aime. Louis-Georges Tin, président du CRAN, estime cependant que « l’ignorance est bien souvent à l’origine du racisme. »

Pelé, seul joueur noir de la Coupe du Monde 1958

Alors, parce qu’Antoine Griezmann est footballeur et qu’il semblait ignorer le caractère raciste du « blackface », il suffit de se replonger dans l’histoire du ballon rond pour comprendre pourquoi se grimer en noir est effectivement un acte plus qu’anodin. Certainement fan de Pelé, Griezmann devrait par exemple se souvenir que lorsqu’il gagna la Coupe du Monde en Suède en 1958, le Brésilien Pelé était « le seul joueur noir du Mondial. Il n’y en avait aucun en Scandinavie, ni en Europe, ni nulle part, se souvient-il. Ce que j’ai accompli dans le football a permis au Brésil, et au monde entier, de s’ouvrir aux Noirs. »

Quatre décennies plus tôt, la discrimination raciale faisait rage au Brésil. Le football était alors réservé aux aristocrates. Alors, lorsque Carlos Alberto, joueur métis de Rio, fut transféré au Fluminense, où n’évoluaient que des joueurs blancs, celui-ci décida de se badigeonner le visage de poudre de riz pour gagner sa place. Il espérait, en étant aussi blanc que les blancs, être aligné sur le terrain par son entraîneur. Sauf que, lorsqu’au cours d’un match, la sueur coula sur son front, les supporters virent la supercherie et, à chaque titularisation, Carlos Alberto fut moqué par des cris racistes de la part du public.

Poudre de riz et cheveux lissés

D’autres joueurs après lui ont eu recours à ce procédé, comme Arthur Friedenreich, brésilien lui aussi. Le joueur utilisa la poudre de riz pour se blanchir le visage et fut d’ailleurs le premier joueur non-blanc à intégrer la Seleçao. Friedenreich se lissait également les chevaux. Se grimer en noir rappelle donc aujourd’hui des épisodes douloureux d’une histoire encore très proche. Quoi qu’en disent ceux qui estiment qu’on ne peut plus rire de rien.