Il est loin, le 51e sommet de la Cédéao. En 2017, Mohammed VI avait boycotté Netanyahu lors de ce sommet et envoyait un message fort : le Maroc ne négocie pas avec Israël. Sauf qu’en coulisse, le royaume autorisait déjà les entreprises israéliennes à travailler sur son sol en utilisant la technique du « parapluie ». L’an dernier, c’était au tour de l’ONG Amnesty International de dénoncer l’utilisation d’un logiciel espion malveillant de l’entreprise israélienne NSO pour réprimer des défenseurs des droits humains au Maroc. Le royaume semblait donc déjà travailler avec des entreprises israéliennes depuis de nombreuses années.

Mais le troc opéré par le Maroc est un cap supplémentaire dans les relations entre le royaume et l’Etat hébreu. Après notamment les Emirats arabes unis, le Maroc est devenu le quatrième pays arabe à reconnaître Israël. Une normalisation obtenu par les Etats-Unis qui, en contrepartie, reconnaissent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Et comme pour les Etats du Golfe, c’est Donald Trump qui a vendu la mèche en annonçant sur les réseaux sociaux cette normalisation, parlant de « percée énorme pour la paix au Moyen-Orient ».

Qu’implique cette normalisation ? Pour le moment, le Maroc ne compte pas ouvrir d’ambassade en Israël, ni accueillir de diplomate de l’Etat hébreu. Mais un échange de missions diplomatiques est prévu, tout comme la mise en place de programmes de coopération économique et culturelle, ainsi que l’ouverture de vols directs.

Des contacts officiels seront noués « dans les meilleurs délais ». Pour la presse israélienne, notamment Haaretz, l’accord passé entre le Maroc et Israël est un « accord occupation contre occupation ». Une réponse à Netanyahu, qui estime qu’il s’agit d’un « accord paix contre paix ».

Mais que vont penser les Marocains d’une telle opération ? Certainement que le royaume s’est vendu pour obtenir gain de cause au Sahara Occidental. Car les Marocains, dans leur majorité, soutiennent la cause palestinienne. Mais les gouvernants semblent avoir peu de marge de manœuvre. La preuve avec la Tunisie, dont le Premier ministre a indiqué « respecter le choix du Maroc ». Alors, si Mechichi affirme que, « pour la Tunisie, ce n’est pas une question à l’ordre du jour », tout semble laisser penser que c’est Washington qui a aujourd’hui les cartes en main.

Seule ombre au tableau des Américains : l’Algérie. Le pays du Maghreb n’appréciera que très peu le deal américano-marocain, puisqu’il concerne une zone très sensible. Trump et le roi du Maroc ont-il jeté de l’huile sur le feu ? Le regain de tension dans cette zone est en tout cas possible, alors que la Libye, non loin de là, est déjà très instable. La normalisation des relations entre le Maroc et Israël verra-t-elle l’Etat hébreu mette un pied dans un région qui lui était, à l’époque, totalement hostile ?