Début juin, Facebook supprimait des comptes et des pages d’une société tunisienne. Baptisée « Opération Carthage », l’affaire a enflammé… les réseaux sociaux. Il était reproché au groupe une opération d’influence à grand échelle. Facebook a alors supprimé sans préavis les pages politiques de plusieurs clients de l’entreprise, mais aussi la page du Muslim Post. A ce jour, le réseau social ne s’est pas exprimé, faisant fi respect du droit en matière de contradictoire. Ce que Lotfi Bel Hadj, actionnaire du Muslim Post, a dénoncé lors d’une interview sur la chaîne nationale tunisienne. Avec, en trame de fond, une question centrale : la souveraineté digitale de l’Afrique.

Si Facebook était un Etat, ce serait la Corée du Nord, ironise la presse. Dans The Guardian, la journaliste qui a dénoncé le scandale Cambridge Analytica indique que Facebook est « hors de contrôle ». Pour preuve, salariés et actionnaires se sont élevés contre les règles dictatoriales imposées au sein du réseau social. Elle est, selon ces derniers, une entreprise « totalitaire » sur laquelle Mark Zuckerberg règne sans partage. Facebook est, indique le journal, une « menace pour la démocratie ».

La journaliste rappelle notamment le rôle de Facebook en Birmanie : l’entreprise a en effet contribué au déclenchement d’un génocide et l’a même avoué à demi-mots. C’est un rapport des Nations unies qui indique d’ailleurs que l’utilisation de Facebook a joué un « rôle déterminant » dans les massacres contre les Rohingyas. Résultat : des déplacements de masse et des morts par milliers… Facebook a fait un mea culpa indigne et continue de régner sur la toile sans vergogne. Le réseau n’a pas été inquiété lorsque le terroriste de Christchurch a diffusé en live ses attentats contre des mosquées.

Dans The Guardian toujours, la célèbre Naomi Klein prévient que nous sommes en train de laisser Facebook « prendre le contrôle de nos vies ». Elle tire la sonnette d’alarme : « C’est un avenir dans lequel nos logements ne seront plus jamais des espaces totalement privés mais feront également office, grâce au tout-numérique, d’établissement scolaire, de cabinet médical, de salle de sport et, si l’État le décrète, de prison ». Nous sommes en train de laisser Facebook gérer comme il l’entend nos vie.

Pour Naomi Klein, « nous nous inquiétions de la menace pour la démocratie que représente l’accumulation de pouvoir et de richesse par une poignée de géants du numérique qui sont les rois de la dérobade, se défaussant de leur responsabilité dans le paysage de désolation qu’ils laissent derrière eux dans les secteurs sur lesquels ils ont fait main basse, qu’il s’agisse des médias, du commerce ou des transports ».

L’Afrique, avec l’affaire « Opération Carthage », voit elle aussi sa souveraineté mise à mal par le réseau social américain. Facebook, parce qu’il veut promouvoir la démocratie à l’américaine, veut désormais réguler l’internet africain. Le réseau a décidé, en appuyant sur un bouton, que la communication était réservée à des multinationales anglosaxonnes. Un scandale pour une entreprise qui ne respecte par les règles élémentaires démocratiques. Empêtrée dans plusieurs scandales, le groupe a tenté de mettre un conseil des sages en place. Mais les résultats d’une régulation ne sont pas visibles. Facebook, s’il était un Etat, serait la Corée du Nord. Et Mark Zuckerberg n’a rien à envier à Kim Jong-un.