Après que la Grande mosquée de Paris a affirmé ne pas être invitée à la célébration de l’Armistice du 11 novembre, une guéguerre a eu lieu sur les réseaux sociaux entre son recteur et le président du CFCM.

Depuis le 11 novembre, le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande mosquée de Paris, représentée par son recteur, se livrent une guerre par réseaux sociaux interposés. Tout débute le matin même de la commémoration de l’Armistice. Dans un tweet, le CFCM indique que, « sans le sacrifice des compagnons de la libération, de toute origine, de toute condition et de toute conviction, la France ne serait plus ». Ajoutant que « c’est ce qu’a rappelé le Président de la République ce 11 novembre dans son hommage à Hubert Germain et aux morts pour la France », le CFCM citant une intervention relayée par l’AFP.

Une heure plus tard, la mosquée parisienne déplorait le fait d’être « exclue de la cérémonie de commémoration de l’Armistice » et y voyait « un mépris de l’histoire de notre institution liée à la guerre 1914-18 et une humiliation pour les musulmans de France ».

En effet, le recteur de la Grande mosquée de Paris, construite en 1926 justement en reconnaissance du sacrifice de dizaines de milliers de soldats musulmans qui s’étaient battus pour la France lors de la Première Guerre mondiale, estime que « cette défection méprisante et sans précédent suscite notre plus totale indignation, car elle relève d’une action délibérée qui sape les plus nobles missions de notre institution religieuse ». Hafiz Chems-eddine estime alors que « les délégués de notre Fédération nationale s’insurgent face à l’irresponsabilité d’un tel acte, qui nie la symbolique de la Grande Mosquée de Paris ».

Le CFCM, suite aux propos du recteur de la Grande mosquée de Paris concernant la fameux commémoration, a décidé de « préciser que le président du CFCM y a bien été invité comme il l’a toujours été par le passé », en publiant son invitation à la cérémonie.

Pour Chems-eddine, le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a voulu chercher « à satisfaire son petit égo » et « ne pense qu’à lui n’est même, pas conscient de la symbolique de la Grande Mosquée de Paris ». Une passe d’armes qui ressemble à une bataille d’ego, certes, mais qui révèle aussi l’aspect politique d’une bataille de postes : Hafiz Chems-eddine déplore en effet, dans son message, « la sympathie des aigris qui auraient souhaité occuper le prestigieux poste de recteur » au patron du CFCM.

« Indignation théâtrale » ?

« Profondément indigné par les dernières déclarations intempestives et diffamatoires du recteur de la mosquée de Paris à son égard », le CFCM a déploré « l’instrumentalisation théâtrale d’une prétendue non invitation à la cérémonie du 11 novembre ».

D’autant que, cité par La Croix, le service de presse de l’Elysée assure que la Grande mosquée de Paris a bel et bien été invitée à la commémoration. Le recteur, explique la présidence française, fait partie des « invités immuables » de cette cérémonie annuelle et « il n’y a aucune mauvaise intention derrière cela ». La quotidien catholique ajoute que l’invitation n’est peut-être jamais parvenue à cause d’une « erreur sans doute logistique ». Les invitations ne seraient en effet parties que le 10 novembre.

Cette polémique stérile montre en tout cas à quel point les différentes institutions tentent de se poser en leaders de la communauté musulmane. Mais face à cette polémique, qui n’honore personne, les réactions de cette même communauté montrent également que les musulmans ne veulent plus être pris en otages. « Tout cela n’honore effectivement pas les représentants du culte musulman », avoue un proche du CFCM. Les musulmans attendent aujourd’hui des responsables du culte qu’ils défendent leurs droits et mettent l’Etat face à ses responsabilités, alors que le climat, en cette période de pré-campagne électoral, est islamophobe. Pas qu’ils se disputent pour une invitation non reçue.