Un club d'une fédération ne peut jouer sur le sol d'une autre fédération sans son accord. C'est pourtant le cas en Cisjordanie pour cinq clubs israéliens.

Quand le football devient un instrument politique, cela donne des clubs de football israéliens jouant en toute impunité dans les territoires illégalement occupés. Une situation dénoncée par les députés européens ce vendredi.

En mai 2015, le président de la FIFA, Sepp Blatter, effectuait une visite au Proche-Orient. Il émettait alors une idée : organiser un match pour la paix entre Israël et la Palestine. A l’époque, Blatter pensait pouvoir faire l’arbitre entre les deux Etats, notamment en rencontrant le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et le président palestinien Mahmoud Abbas. Les Palestiniens demandaient alors la suspension d’Israël au congrès de la Fifa qui avait lieu deux mois plus tard, estimant que l’Etat colonisateur violait en toute impunité les règles du football. L’autorité palestinienne reprochait à Israël d’imposer des restrictions de mouvement aux équipes palestiniennes. Plusieurs autres pays ont fait le même constat, comme la Malaisie.

Des joueurs palestiniens régulièrement bloqués aux check-points

Coup du hasard, quelques heures après le départ de Blatter du Proche-Orient, le président de la Fédération palestinienne de football, Djibril Rajoub, indiquait au boss de la FIFA que les joueurs de l’équipe nationale de football palestinienne s’étaient retrouvés bloqués… par l’armée israélienne. « Les promesses du gouvernement israélien de faciliter les déplacements de nos joueurs sont mises à l’épreuve », écrivait Djibril Rajoub dans une lettre adressée au Suisse. « Ce enième incident ne fait que confirmer l’analyse de la Fédération palestinienne quant aux promesses israéliennes, à savoir que ce sont des paroles creuses, et qu’elles le resteront tant que des mesures ne seront pas prises, sous le contrôle du Congrès de la FIFA, pour en garantir l’exécution », continuait-il.

Un an plus tard, le conflit perdure toujours aussi bien politiquement que footballistiquement. La Palestine conteste l’existence de clubs israéliens basés dans les colonies, puisque ces dernières sont illégales au vu du droit international. Soixante-six députés européens ont relayé l’appel de la Fédération palestinienne de football. Ils demandent au nouveau président de la FIFA, Gianni Infantino, que les clubs en question soient « relocalisés dans les frontières internationalement connues d’Israël ou exclus de la Fédération israélienne de football. » Selon eux, la colonisation par le football est un véritable instrument politique. « Laisser Israël se servir du football comme d’un instrument d’expansion territoriale en Cisjordanie revient à politiser le football, et c’est inacceptable », indique le député à l’origine de ce texte, Alyn Smith.

Les clubs des colonies sont illégaux

En réalité, ces députés européens insistent simplement pour que la FIFA applique ses propres statuts, qui indique que les clubs membres d’une fédération ne peuvent pas jouer sur le territoire d’une autre fédération membre sans que cette dernière ne donne son accord. Or, les deux fédérations sont bien membres de la FIFA, la Fédération palestinienne ayant intégré l’organisation internationale il y a dix-huit ans. La réclamation de la Palestine ne concerne que cinq clubs israéliens, jugés illégaux, mais la FIFA n’a pas encore daigné répondre à son appel. Car la FIFA est habituellement plus prompte à réagir aux injustices, comme ce fut le cas quand elle interdit aux clubs de Crimée de jouer en Russie. Djibril Radjoub a décidé de saisir l’ONU, mais pour le moment, l’organisation n’a pas répondu. En attendant, la présence palestinienne s’intensifie en Cisjordanie, et la FIFA ne fait rien pour arranger les choses.

Yassine Bannani

Laisser un commentaire