NKM, sur le plateau de Ruquier, a été très imprécise sur l'Islam. Elle accuse les mosquées d'être saoudiennes et se trompe sur le halal.

C’est à se demander qui conseille les politiques sur l’Islam et sur le halal. Candidate aux primaires du parti Les Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet était, samedi soir, l’invitée de Laurent Ruquier. Son discours sur l’Islam a été totalement à côté de la plaque. Explications.

Lors de son passage dans « On n’est pas couché », ce samedi 12 mars, Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l’Essonne, a exposé son idée de financement des mosquées en France par une taxation des produits halal. Certes, l’idée part d’une volonté d’éviter l’influence de certains pays étrangers. Mais son intervention montre avant tout que la femme politique ne maîtrise pas du tout ce thème de l’Islam.

Le financement des mosquées par l’Arabie saoudite

On l’a bien compris, l’Arabie saoudite est moins l’amie de NKM que celle de François Hollande — . Nathalie Kosciusko-Morizet a pointé du doigt, lors de son passage chez Laurent Ruquier, les pays du Maghreb qui, selon elle, « négocient les conditions d’exercice de l’Islam » en France. Avant de glisser sans transition jusqu’à l’Arabie saoudite. « Les mosquées en France sont financées par l’Arabie saoudite. Est-ce qu’on continue comme ça dans la plus grande hypocrisie ou est-ce qu’on cherche une autre solution ? », a demandé la candidate aux primaires de son parti. Un fait repris par Léa Salamé, qui ne tient sur aucune statistique.

L’affirmation serait d’ailleurs totalement farfelue. Selon Bernard Godard, ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur et des Cultes, le postulat de NKM est faux. « Non. On ne peut pas dire que l’islam en France est majoritairement financé par l’Arabie saoudite », expliquait-il récemment dans une interview au magazine Le Point. Certes, ajoute l’ancien cadre du ministère, l’Arabie saoudite « y contribue un peu, mais beaucoup moins que des pays comme le Qatar ou le Koweït… » Officiellement, ajoute Bernard Godard, depuis 1995, « seule la mosquée de Mantes-la-Jolie a obtenu quelques fonds en provenance de l’Arabie saoudite, mais c’était à l’initiative de particuliers. » En semblant vouloir montrer que la plupart des mosquées sont financées par l’Arabie saoudite, NKM capitalise sur une fausse rumeur.

La taxe sur les produits halal

Lors de son passage dans « ONPC », Nathalie Kosciusko-Morizet revient également sur sa proposition de taxer les produits halal pour financer un Islam de France. Il s’agirait, explique-t-elle, d’une « taxe sur la consommation, sur les produits qui se déclarent halal. » Ce serait donc « le consommateur de produits halal qui paie. » Concrètement, NKM propose que, « les produits qui sont vendus sous label halal versent un petit centime dans un fonds qui permet de financer les mosquées. » En théorie, une bonne idée qui permettrait de financer en toute transparence le culte musulman. Mais la femme politique oublie que, depuis 1994 — et l’intervention de Charles Pasqua, qu’elle a semblé bien connaître lorsqu’elle est allé lui rendre hommage après son décès —, le marché de la certification halal est totalement anarchique.

Mais « ça existe sur le casher », argumente Nathalie Kosciusko-Morizet, pour qui il suffit donc de se calquer sur le modèle juif. La « taxe de cacheroute » est en effet imposée par un unique interlocuteur, le Consistoire central israélite de France. Or, concernant le halal, si des mosquées sont autorisées par l’Etat à certifier le halal, il existe une multitude de certificateurs indépendants, pouvant utiliser le mot « halal » à leur sauce. N’importe qui, en réalité, peut certifier un produit halal. Avant de réclamer quelque taxe que ce soit, pourquoi ne pas proposer de revoir les habilitations ? Lotfi Bel Hadj, auteur de « La Bible du Halal », indique dans L’Opinion qu’il « faut remettre de l’ordre. Si l’on se met d’accord, le halal pourrait servir de denier du culte musulman pour financer la construction de mosquées. » Mais on n’en est pas là. Loin de là.

NKM et la grande mosquée de Paris

Enfin, dans son intervention, Nathalie Kosciusko-Morizet assure que son idée qui doit permettre d’éviter les financement étrangers a été approuvée par des représentants de l’Islam en France. Qui sont ces représentants sur lesquels NKM s’appuie ? Ceux de la grande mosquée de Paris. « J’en ai parlé avec les représentants de la grande mosquée de Paris qui ont été attentifs et intéressés », assure ainsi NKM. On ne doute pas un instant de la sincérité de la candidate aux primaires des Républicains. Sauf qu’elle a bien dû se faire balader : ce lieu de culte est embourbé dans plusieurs scandales liés au halal et n’est donc pas le plus habilité à parler de certification halal. Pire, s’il est bien une mosquée qui pourrait passer sous pavillon étranger, c’est bien celle de Paris. L’Algérie aurait en effet débuté une procédure « visant à faire de la mosquée de Paris une propriété de l’Etat algérien », a récemment indiqué le ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa. S’appuyer sur l’approbation de la grande mosquée de Paris pour lutter contre les financements étrangers montre donc que NKM est totalement hors-sujet.

Pierre Z. Lajarge

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