Selon nos informations, Jean-Pierre Chevènement pourrait bien prendre la direction de la Fondation des œuvres de l’Islam de France (FOIF), délaissée depuis dix ans.

L’ancien ministre de l’Intérieur est pressenti pour reprendre la Fondation des œuvres de l’Islam de France initiée par Dominique de Villepin il y a plus de dix ans. Avec une volonté de la part du gouvernement : consolider son concept d’Islam de France.

Selon nos informations, lors de l’«instance de dialogue avec l’Islam de France », une initiative du gouvernement, Bernard Cazeneuve aurait annoncé au CFCM la reprise des activités de la Fondation des œuvres de l’Islam de France (FOIF), créée en mai 2015. Le ministre de l’Intérieur a montré, aux représentants du CFCM notamment, qu’il n’appréciait pas la tournure prise par cette fondation, bloquée par l’immobilisme de ces derniers. Bernard Cazeneuve aurait évoqué un nom pour reprendre les choses en mains, celui de Jean-Pierre Chevènement. L’ancien ministre de l’Intérieur aurait, pour objectif, de relancer le processus de centralisation du financement des mosquées, de la collecte de la zakât – aumône – et de la formation des imams de France. Le fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) devrait également étudier la possibilité d’une taxe centralisée sur le halal.

Financer les mosquées et former les imams

Tout se réactive donc, douze ans après la naissance d’une FOIF mort-née. C’était en 2004. A l’époque, Jacques Chirac était président, Dominique de Villepin ministre de l’Intérieur. Ce dernier avait lancé un projet de fondation pour l’Islam dont l’objectif était, selon lui, de « canaliser les flux financiers, qu’il s’agisse de dons privés, de legs ou de financements étrangers. » Dominique de Villepin voulait ainsi « garantir une totale transparence » et « assurer une gestion indépendante. » Autre but: imposer le français comme langue de prêche. Le ministère de l’Intérieur assurait que, sur les 1 200 imams qui exerçaient alors en France, 75 % n’étaient pas français et un tiers d’entre eux ne parlaient pas la langue. Un an plus tard, Villepin avait réussi à obtenir le soutien à l’unanimité du Conseil français du culte musulman pour la création de la fondation, mais une dizaine de recteurs de grandes mosquées de province s’étaient levées pour dénoncer la mainmise du CFCM sur le collège de direction de cette nouvelle organisation.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. En 2015, l’inaction du CFCM, le blocage fait par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et le fiasco annoncé du Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam de Dounia Bouzar ont conduit Bernard Cazeneuve à confier à Christian Poncet la relance de la Fondation des œuvres de l’Islam de France. « La gravité de la situation nous engage et confère un caractère urgent », avait déclaré le ministre de l’Intérieur, qui entendait profiter de cette fondation pour effectuer un travail de déradicalisation. Manuel Valls avait mis la pression sur les membres de cette fondation en 2013, n’hésitant pas à dire que cette « initiative pertinente » n’avait « jamais porté ses fruits », et menaçant ses initiateurs de la dissoudre. Aujourd’hui, Jean-Pierre Chevènement pourrait être l’homme de la situation.

Le « Che » connaît bien les représentants de l’Islam

L’ancien ministre de l’Intérieur connaît bien le sujet. Dans sa ville de Belfort, il a participé aux démarches pour la construction d’une mosquée. En 1999, Jean-Pierre Chevènement avait lancé une consultation sur l’Islam de France. Il avait alors été le premier à réunir un grand nombre de représentants musulmans autour de la table, et avait fait signer un document posant les « principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman. » Mais la présence de l’UOIF lors de cette consultation avait soulevé une vive polémique. Chevènement n’avait cependant pas réussi à attirer les associations de jeunes musulmans, qui refusaient alors d’entrer dans un processus qui prétend représenter le culte musulman, et non l’islam associatif et citoyen qu’elles défendent, précise Le Monde. Le « Che » va donc revenir à la charge, soutenu par le ministère de l’Intérieur.

Mise à jour du 3 août 2016 : Selon les différents médias, comme Le Parisien, Jean-Pierre Chevènement devrait prendre la tête de la Fondation des œuvres de l’Islam de France, confirmant ainsi les informations d’LeMuslimPost.

Pierre Z. Lajarge

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