« Voiture folle », « droite radicale », « violences »… Les termes employés depuis quelques jours sur la mort d’une militante antiraciste et sur les nombreux blessés à Charlottesville interpellent. Le maire de cette ville de Virginie, Mike Signer, a tenu à rappeler à ceux qui ne voulaient pas l’entendre que ce qui s’est passé dans sa ville n’est rien d’autre que du « terrorisme intérieur ». Oui, vous avez bien lu : du terrorisme. Mais dans la presse, les mots « attentat » et « terrorisme » ont encore du mal à faire partie du vocabulaire utilisé dans les titres. Tout comme le terme « nazi », auquel la presse préfère celui de « droite radicale ». Pourquoi en France, les médias — si prompts à parler de terrorisme lorsque l’auteur d’un acte violent est musulman — prennent-ils autant de pincettes ? Seul Mediapart a osé titrer « Néo-nazis et suprémacistes américains envahissent Charlottesville », tandis que plusieurs magazines se cachent derrière Mike Godwin, l’inventeur du « point Godwin », pour qualifier les auteurs de la tuerie de Charlottesville de nazis, sans toutefois oser dire clairement qu’ils sont bien des nazis. Si, aujourd’hui, la presse parle en chœur de « droite radicale », c’est parce qu’elle est habituée à reprendre l’information américaine en la traduisant bêtement : le terme « droite radicale » est utilisé en science politique anglo-saxonne pour parler de l’extrême droite. Mais il ne viendrait à l’idée de personne de parler de droite radicale pour, par exemple, définir le Front National. Quant au mot « terrorisme », il n’a pas encore fait, lui non plus, son apparition dans les titres, à l’exception de certains journaux comme Le journal de Montréal, qui ose clairement définir ce qui s’est passé à Charlottesville. Pourtant, aux Etats-Unis, les adeptes de la suprématie blanche tuent plus que les djihadistes. Et ce, au nom d’une idéologie. C’est donc bien ce qu’on appelle du terrorisme, clairement défini aux Etats-Unis comme une « utilisation calculée de violence illégale pour instiller la peur, dans le but de contraindre ou d’intimider des gouvernements ou des sociétés dans la poursuite de buts généralement politiques, religieux ou idéologiques. » En évitant de parler de terrorisme, les médias ne font aujourd’hui pas leur travail. Or, il faudrait aujourd’hui, enfin, appeler un chat, un chat. Et un nazi, un nazi.