Charlie Hebdo est encore au coeur d’une nouvelle polémique, alimentée par l’une de ses dernières caricatures sur le séisme d’Amatrice, en Italie. La réaction de nos voisins transalpins a été à la mesure de la provocation subie.

Le 24 août dernier, un tremblement de terre de magnitude 6 sur l’échelle de Richter avait durement frappé le centre de l’Italie. Le bilan des pertes humaines s’élève à au moins 290 morts, sans compter plusieurs dizaines de blessés et des dégâts matériels considérables. Encore endeuillée par la catastrophe, l’Italie a eu peine à croire, et n’a que peu goûté, la caricature publiée à l’occasion par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le mercredi suivant.

Elle représente un couple d’Italiens ensanglantés par les blessures du séisme, à côté d’un empilement de cadavres dont on n’aperçoit que les membres inférieurs, pris par un mille-feuilles de décombres. Chacun des trois dessins composant la caricature est légendé : l’homme est estampillé « Penne sauce tomate », la femme « Penne gratinées » et les décombres encore fumantes « Lasagnes ». Le tout étant intitulé par Felix, l’auteur de la caricature, « Séisme à l’italienne ».

#JeNeSuisPasCharlie, hashtag le plus partagé en Italie

Les utilisateurs italiens des réseaux sociaux n’ont guère tardé à réagir, exprimant leur dégoût et leur colère face à ce qu’ils estiment une provocation incompréhensible, déplacée et gratuite. Les réactions se sont multipliées, le terme qui revient le plus souvent étant la « honte ». Certains restent ébahis de cette réaction française qui fait pourtant suite aux attentats qui ont touché tout aussi gravement la France et notamment, la rédaction de Charlie Hebdo. Là où ils s’attendaient à de la compassion, à du respect, ou même – au pire – à de l’indifférence, ils n’ont vu que mépris et incorrection. Les hashtags #JeNeSuiPasCharlie ont été abondamment partagés par les internautes italiens.

Des responsables politiques sont également montés au créneau, à commencer par Sergio Pirozzi, le maire d’Amatrice, la ville la plus durement affectée par le séisme. « Comment est-il possible de faire une caricature sur des morts ? », (s’)interroge-t-il. « Je suis sûr que cette satire désagréable et honteuse ne reflète pas le véritable sentiment des français », a-t-il tenu à préciser, ajoutant que si l’ironie est bienvenue, « sur les drames et les morts, on ne fait pas de satire ». De même, Vanna Iori, une députée du Parti Démocrate dirigé par le président du Conseil Matteo Renzi, a condamné la caricature via un communiqué. « Le monde entier s’est levé pour défendre Charlie Hebdo quand l’hebdomadaire satirique français a été victime de l’attentat terroriste commis par l’Etat islamique. Avec la même force, aujourd’hui, nous devons condamner le dessin qui ironise à propos du tremblement de terre qui a dévasté le centre de l’Italie », écrit-elle.

Mais au jeu de l’arroseur arrosé – c’est le cas de le dire – la palme de la réponse la plus piquante revient à un dessinateur italien :

Yassine Bannani

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