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Champs-Elysées : le crime de Daesh ne profite qu’au Front National ?

Suite à l’attaque des Champs-Elysées hier soir, notre chroniqueur Asif Arif* dénonce la récupération politique faite par les candidats à la présidentielle.

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L’attaque des Champs Elysées ayant tué un policier et blessé un autre laisse dans la mémoire collective de tous les Français un rappel du soir du 13 novembre 2015. Mais il a aussi été l’occasion, pour certains candidats à l’élection présidentielle, d’en faire des récupérations politiques, ce qui fut particulièrement le cas des militants du Front National présents sur la toile et de François Fillon. Au final, Daesh est le meilleur conseiller en communication des candidats à la présidentielle qui sont particulièrement ciblés, non pas à tort, dans le cadre de cette présidentielle. Il permet à ces derniers de souffler sur les affaires qui les accablent et de revenir sur la face sécuritaire de leur programme en jouant sur les peurs des Français. Il faut toutefois revenir ici sur plusieurs éléments fondamentaux.

Marine Le Pen vs. le respect envers les policiers

Sur les réseaux sociaux, plusieurs « trolls » n’ont pas hésité à faire circuler des messages visant à ne pas se tromper de candidat lors du vote qui doit intervenir ce week-end. Mettant en avant ce qui se passait vis-à-vis du corps policier, ces derniers ont tenté de faire la promotion de la campagne de Marine Le Pen, ce qui est foncièrement nauséabond, et cela à plusieurs titres. D’abord, le minimum de décence voudrait que l’on s’abstienne de tout commentaire avant qu’une enquête soit ouverte et que le Procureur de la République ait présenté ses premières observations. Il eût fallu que ces militants se recueillent dans la douleur, avec les familles des différents policiers touchés. Qu’ils saluent également le travail mené par les forces de l’ordre depuis que les attentats ont frappé la France.

Ensuite, la promotion du Front National suite à un attentat qui a touché des officiers de police parait bien bas. Alors que Marine Le Pen a refusé de comparaître à plusieurs convocations, qui ont été pourtant envoyées par des offices de police judiciaire, son parti tente de faire la promotion de ses idées en récupérant politiquement un événement ayant affecté les policiers. Il faut garder la tête haute et se dire que toute personne est un justiciable comme les autres ; ainsi, si Marine Le Pen avait vraiment à cœur le respect de la profession, elle aurait, à tout le moins, pu se présenter lors de sa convocation.

François Fillon vs. mis en examen dans plusieurs affaires

François Fillon est même allé plus loin. Outre les réflexions sordides qu’il a proférées contre la grossesse d’une journaliste, il est même allé jusqu’à contribuer à l’emballement du débat concernant l’attaque du policier en affirmant qu’il y avait des attaques à plusieurs endroits dans Paris. Une telle approximation de langage est-elle réellement digne d’un futur Président ? La question mérite d’être posée.

Aussi, élément qui ne peut pas être occulté ce jour, Monsieur Fillon fait l’objet de plusieurs mises en examen, dont notamment celle pour escroquerie aggravée. Malgré le passage devant un juge d’instruction, il estime toujours être un Français libre et joue même de la carte de la persécution médiatique alors que sur la question des policiers aux Champs-Elysées, il a très largement contribué à son emballement.

Message aux policiers et aux Français

Bientôt va se poser la question, fatidique, du pour qui nous allons voter. Cette question va susciter en chacune des professions des interrogations liées à la préservation de leurs intérêts. Or, le vote, à côté d’une dimension personnelle, a une dimension collective indéniable et suppose que l’on surpasse ses intérêts individuels pour penser à intérêt plus global de notre société. Les policiers, dont l’effectif avait été réduit par François Fillon et dont Marine Le Pen ne respecte qu’électoralement le corps, ne peuvent plus se permettre de penser que la solution est Marine Le Pen. Tout comme les Français ne peuvent plus avoir une approche aussi tranchée des questions terroristes en pensant à chaque attentat que se sont « les musulmans », les « islamistes » qui ont fait cela.

Le terme « islamiste » ne renvoie plus à rien. En revanche, le terme de musulman vise tous ceux qui habitent en France et qui soutiennent silencieusement ce pays. Cette minorité silencieuse se trouve dans les forces de l’ordre (assurer la sécurité des Français), dans les journalistes (assurer l’information des Français), chez les entrepreneurs (assurer un avenir économique aux Français). On ne peut plus les traiter comme les variables d’ajustement des attentats terroristes. Pour sortir du terrorisme, il va falloir mener plusieurs politiques internationales, certes. Mais il va également falloir que chacun d’entre nous dépasse ses préjugés pour favoriser le vivre-ensemble, pour démontrer que c’est ensemble et unis que nous pouvons arriver à nos fins : vivre dans une société pacifiée.

*Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur spécialisé sur les questions d’Islam et de laïcité. Il dirige la collection Religions & Laïcités chez l’Harmattan.

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