En mettant fin à son contrat qui la lie avec l'Etat, Dounia Bouzar amène à se poser de nombreuses questions sur ce que fut sa mission.

Dounia Bouzar a, au moment du débat sur la déchéance de nationalité, annoncé la rupture de son Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI) avec le gouvernement. L’anthropologue, qui s’est spécialisée dans la déradicalisation, « ne voulait pas être l’alibi de Valls. » Après l’emprisonnement d’une de ses protégées, dont elle parle dans son livre « La vie après Daech », les méthodes de Dounia Bouzar ont été très critiquées. Notre chroniqueur nous fait part de son étonnement quant à la fin du partenariat entre l’association de Dounia Bouzar et l’Etat.

De Dounia Bouzar — de son vrai patronyme Dominique —, on ne sait quoi penser. De père algérien et de mère corse, cette anthropologue de la dernière heure s’est vu décerner la Palme académique en 2009 quand, en 2014, Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité lui remettait la… Légion d’honneur. Nommée en 2003 au Conseil français du culte musulman (CFCM) par Nicolas Sarkozy en tant que « personne qualifiée », elle en démissionnera en 2005. Elle passera même par l’ Institut des hautes études de la Défense nationale, organisme très fermé dans lequel on est coopté, puis nommé par décret ministériel. Très beau parcours pour quelqu’un qui n’a même pas le baccalauréat et qui, parti de Grenoble, arrive au cœur de la « parisianité » politique pour être celle qui aura la lourde tâche de « déradicaliser » une jeunesse banlieusarde au centre de toutes les préoccupations du ministère de l’Intérieur.

Deniers publics et résultats flous

Pour ce faire, elle créée en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI). Elle signe alors un juteux contrat avec le ministre de l’Intérieur pour la modique somme de 600 000 euros ,bien évidement sans appel d’offre. Car ce « métier », inventé pour la circonstance, ne souffrait d’aucune concurrence possible. S’ensuit une polémique soulevée par la très indépendante sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet, présidente en son temps de la commission d’enquête sur les réseaux djihadistes… La sénatrice interpelle le ministre de l’Intérieur sur le fait que le CPDSI n’a pas de bureau et que ses effectifs sont très faibles.

Dounia-Dominique Bouzar entre alors dans la tourmente. Elle est amenée à refuser — ou alors, on la contraint de refuser — le renouvellement de son juteux contrat. Bouzar n’a été épargnée par personne, ni par la communauté musulmane de France, ni par la presse, ni même par les politiques. Le ministère de l’intérieur, quant à lui, regarde ça de haut. Il a réussi à échapper aux critiques à son endroit, alors qu’il est pourtant le donneur d’ordres de cette mission dont on ne saura jamais comment ces montants ont pu être évalués et quels sont les résultats concrets de cette dépense de deniers publiques. Et comme tout citoyen français, le sentiment qui en reste est de trouver tout cela quelque peu… bizarre.

Karim Idrissy

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