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« Blackface » : doit-on tout pardonner à Antoine Griezmann ?

Hier, Antoine Griezmann a fait polémique en se grimant en joueur de basket noir. Faut-il lui pardonner ce « blackface » ?

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En mai dernier, après avoir remarqué qu’un vendeur de déguisement proposait des costumes d’homme africain, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) déplorait qu’il y ait « apparemment une épidémie de ‘blackface’ en ce moment. » Le « blackface » était, au XIXe siècle, une forme de maquillage théâtrale qui avait pour but de tourner en ridicule les personnes noires, très pratiquée dans les « minstrel shows » aux Etats-Unis.

Le « blackface », pour caricaturer les Noirs de manière ouvertement raciste ou plus subtile

Pap Ndiaye, historien spécialiste de l’Amérique du nord, explique que « le ‘blackface’ s’est prolongé dans les premières décennies du XXe siècle au cinéma » puisque « les acteurs noirs étant absents, les personnages noirs étaient joués par des acteurs blancs grimés. Soit pour les caricaturer de manière ouvertement raciste, c’est le cas dans ‘The Birth of a nation’, soit de manière plus subtile comme dans ‘Le Chanteur de Jazz’, le premier film parlant. »

Alors, lorsqu’Antoine Griezmann s’est grimé en noir pour endosser un costume de joueur des Harlem Globetrotters, il a feint l’ignorance. Malgré les divers scandales liés à cette pratique, peut-être le footballeur n’avait-il jamais entendu parler de cette pratique. Les défenseurs du footballeur ont d’ailleurs un argument imparable : le « blackface » serait raciste outre-Atlantique, pas dans l’Hexagone. Ce que réfute Pap Ndiaye. « Si le blackface est quand même plus américain que français — puisqu’il n’y a pas la même tradition profonde qu’aux Etats-Unis —, les caricatures racistes ont pu prospérer pendant longtemps et de manière absolument évidente dans l’espace public français, au cinéma ou dans le spectacle », rappelle-t-il, ajoutant que « laisser entendre qu’en France, on serait à l’abri de caricatures racistes, c’est ridicule. »

Oui, le « blackface » est raciste, et non, Griezmann n’est sûrement pas raciste

En mai dernier, le CRAN indiquait que « tous ceux qui se griment de la sorte en se retranchant derrière l’art ou l’humour doivent le savoir : le ‘blackface’ est une pratique raciste. » L’association rappelait d’ailleurs que Le Défenseur des droits l’a reconnu. En effet, en mars, des policiers avaient publié des photos d’eux maquillés en noir. Le Défenseur des droits avaient estimé qu’il s’agissait de « photographies à caractère raciste. »

Mais la photo de Griezmann continue de diviser. Les uns veulent mettre fin à cette pratique de plus en plus répandue du « blackface », les autres estiment qu’il faut pardonner au footballeur. « Je reconnais que c’est maladroit de ma part. Si j’ai blessé certaines personnes je m’en excuse », a d’ailleurs écrit Griezmann.

Alors, doit-on pardonner au sportif ? On peut avouer qu’un Benzema n’aurait pas bénéficié du moindre traitement de faveur s’il avait fait la même chose que Griezmann. Concernant la publication du joueur des Bleus, il faut rappeler les choses et les nommer pour ce qu’elles sont : oui, le « blackface » est raciste, et non, Griezmann n’est sûrement pas raciste. Mais il a blessé des milliers de personnes avec cette photo plus que maladroite.

Ses excuses sont donc les bienvenues, même s’il a fallu attendre que la pression soit forte avant que Griezmann comprenne les choses. Pardonner le footballeur pour son geste est indispensable à deux conditions : que les Français comprennent que le « blackface » est une pratique d’un ancien temps et que ce pardon s’applique à tous, sans exception.

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