Trois militaires birmans ont été reconnus coupables d’exactions envers des Rohingyas, a-t-on appris mardi auprès de l’armée, une condamnation rare en Birmanie poursuivie devant la justice onusienne pour « génocide » à l’encontre de cette minorité musulmane.

Aucune précision n’a été fournie sur l’identité des soldats, les faits qui leur sont reprochés et les sentences prononcées.

Meurtres, viols, maisons incendiées: des ONG ont rapporté la violence des opérations de « nettoyage » lancées en 2017 par l’armée dans des centaines de villages rohingyas de l’Etat de Rakhine (nord-ouest).

Le nombre exact de musulmans tués au cours de cette période n’est pas connu, mais des groupes de défense des droits humains estiment qu’il s’élève à plusieurs milliers.

Et quelque 750.000 d’entre eux ont fui le pays depuis août 2017, s’entassant dans d’immenses camps de fortune au Bangladesh voisin.

Un village en Birmanie avait retenu l’attention, celui de Gu Dar Pyin: cinq charniers y avaient été signalés en 2018 par l’agence Associated Press qui s’était appuyée sur des témoignages de rescapés et des vidéos.

Après avoir nié ces allégations, l’armée avait finalement ouvert une enquête, reconnaissant qu’il y avait eu dans ce village « des faiblesses dans le suivi des instructions » et que des soldats étaient impliqués dans des « accidents ». Plusieurs militaires avaient été renvoyés devant une cour martiale.

Mardi, la cour a confirmé que trois militaires avaient été reconnus coupables.

Des organisations de défense des droits humains ont déploré qu’aucun détail n’ait filtré.

« Les procès à huis clos entourés de secret et entachés par un manque d’indépendance (…) ne permettront pas de mettre fin à l’impunité des militaires » dans le pays, a relevé Ming Yu Hah d’Amnesty International.

Sept soldats, condamnés en 2018 à dix ans de prison pour le meurtre de Rohingyas, ont ainsi été libérés après moins d’un an de détention.

Des enquêtes concernant deux autres villages sont toujours en cours, a précisé mardi l’armée.

Cette condamnation intervient alors que la Birmanie est poursuivie pour « génocide » devant la Cour internationale de Justice, plus haute instance judiciaire de l’ONU.

La cheffe de facto du gouvernement, Aung San Suu Kyi, très critiquée pour son silence dans cette affaire et venue en personne défendre son pays devant la Cour, avait concédé que les militaires avaient pu utiliser une « force disproportionnée », mais jamais avec une « intention génocidaire ».