Le gouvernement d'Aung San Suu Kyi est entré en fonctions le 1er avril. Les chantiers qu'il va devoir gérer s'annonce impressionnant.

La Birmanie est-elle à un tournant de son histoire ? Le gouvernement de civils est enfin entré en fonction après des décennies d’une dictature violente. Il faut aujourd’hui réformer la justice, l’économie et régler les inégalités qui touchent les différentes minorités du pays.

Un espoir pour tous les prisonniers politiques. Ce vendredi 1er avril, la Birmanie a fait un grand pas vers la démocratie. Un gouvernement de civils — une première depuis 1962 et le coup d’Etat militaire — a pris ses fonctions, emmenée par Aung San Suu Kyi. C’est le parti du prix Nobel de la Paix 1991 qui a remporté les dernières élections. Ne pouvant briguer le poste de présidente, ce sera finalement l’économiste Htin Kyaw qui présidera le pays. Mais en réalité, c’est bien Aung San Suu Kyi qui devrait être la femme forte du gouvernement, en gérant quatre ministères et en conseillant le président. La tâche s’annonce difficile, car c’est tout un pays que les nouvelles autorités doivent reconstruire.

Une situation économique catastrophique

Car entre 1962 et 1987, c’est un régime dictatorial qui a balayé les espoirs du peuple birman : répression des revendications séparatistes, politique d’endiguement, fin de la liberté d’expression et emprisonnement des opposants politiques… La junte militaire aura réussi à poser une chape de plomb sur la Birmanie. Le tout avec un régime qui voulait s’imposer comme « la voie birmane vers le socialisme. » La politique aura été catastrophique, entre la nationalisation de tous les secteurs de l’économie et les nombreuses phases de démonétisation sans compensations. Depuis plus d’un demi-siècle, l’économie est entré dans un état de mort clinique.

Aung San Suu Kyi, super ministre de Birmanie.

Aujourd’hui, sept foyers sur dix n’ont pas accès à l’électricité et un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Qu’un économiste soit devenu président est un signal fort envoyé au peuple. Mais surtout au monde. Car la Birmanie veut lever définitivement les sanctions internationales à son égard et attirer des investisseurs étrangers, mais aussi développer son tourisme. L’arrivée de civils au pouvoir peut être un atout, mais leur inexpérience politique laisse craindre une longue phase de transition. Surtout que le dossier économique n’est pas le seul sur lequel doit travailler le gouvernement d’Aung San Suu Kyi.

Les militaires toujours omniprésents

Les nouvelles autorités birmanes doivent tout reconstruire. La justice tout d’abord, et en finir avec les arrestations d’opposants. Mais également tenter de régler les conflits ethniques. Car la Birmanie est un pays qui compte plus de 130 minorités. Si certaines d’entre elles sont reconnues et ont des droits, d’autres sont opprimées, comme les Rohingya. Aung San Suu Kyi a proposé de faire de la Birmanie un Etat fédéral. De quoi permettre aux différentes minorités de gérer les ressources naturelles sur leurs territoires, celles-ci ayant été autrefois accaparées par les militaires. Mais avant tout, le gouvernement devra réduire les inégalités. Les musulmans birmans n’ont pas accès aux soins. Le système de santé est défaillant.

Le premier geste d’Aung San Suu Kyi va dans le sens de l’union nationale : son gouvernement réunit au-delà des membres de son parti, la LND. On y trouve notamment deux membres de l’ancien parti au pouvoir, l’USDP, mais aussi le dirigeant d’un parti de la minorité Mon. Cependant, les militaires semblent aujourd’hui toujours contrôler le pays : les portefeuilles de la Défense, des Frontières et de l’Intérieur sont revenus de droit à des militaires. Autant dire que malgré la volonté du prix Nobel de la paix, la situation sécuritaire prendra du temps avant de devenir moins stricte. L’armée possède d’ailleurs une minorité de blocage au Parlement, avec ses 25 % de députés nommés, et non élus. Aung San Suu Kyi va donc devoir collaborer avec l’armée. La révolution démocratique semble déjà dans l’impasse.

Yassine Bannani

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