« Pour nous, c’était clair que ces opérations avaient été organisées et planifiées », a déclaré hier Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, concernant les attaques violentes envers les Rohingyas. 

« Vous ne pouvez pas exclure la possibilité d’actes de génocide », a t-il également ajouté. 

Les autorités birmanes ont toujours démenti avoir commis des atrocités dans le nord de l’État Rakhine, foyer des Rohingyas. Elles ont affirmé maintes fois que l’armée n’avait fait que répondre à des attaques de rebelles musulmans contre des postes de police le 25 août. 

En réalité, l’an dernier, quelque 300 000 Rohingyas avait déjà dû fuir vers le Bangladesh. Et le Haut-commissariat, n’avait pas été autorisé à se rendre sur place, malgré de nombreuses demandes. « Je soupçonne que la première opération était une répétition pour la deuxième », a-t-il estimé, ne croyant pas à la thèse de la répression contre les rebelles. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a toutefois souligné que ce sera aux tribunaux de déterminer si oui ou non il y a eu génocide. 

Plus de 300 villages rohingyas incendiés depuis fin août

L’ONG Human Rights Watch est quant à elle sûre qu’il y a bien eu « épuration ethnique ». Elle vient de publier de nouvelles images satellites montrant 40 villages rohingyas incendiés en Birmanie entre les mois d’octobre et novembre. Le bilan serait de 354 villages partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon les chiffres de l’ONG basée à New York.

L’AFP a interrogé Zaw Htay, porte-parole du gouvernement birman, au sujet de ce ces images : «Il y a eu des incendies, mais nous devons vérifier, je ne suis pas sûr du nombre de villages », a t-il avoué. Mais l’armée accuse « les rebelles » d’incendier les villages eux-mêmes. 

Dans un nouveau rapport de 30 pages intitulé « Massacre sur les rives du fleuve : crimes contre l’humanité de l’armée birmane à Tula Toli », Human Rights Watch montre aussi comment les forces de sécurité, le 30 août 2017, ont piégé les villageois Rohingya de Tula Toli sur les berges d’un fleuve, pour ensuite tuer, violer hommes, femmes et enfants et incendier le village.

Neuf femmes et jeunes filles interrogées par l’ONG ont déclaré avoir été violées ou agressées sexuellement et avoir été témoins du viol d’autres personnes. Des témoins racontent aussi que des soldats ont verrouillé les maisons et y ont mis le feu avec les femmes et les enfants à l’intérieur. Des pratiques répétées à plusieurs reprises.

  « Les atrocités de l’armée birmane à Tula Toli n’ont pas seulement été brutales, elles ont été systématiques », a estimé Brad Adams, directeur de la division Asie de Human Rights Watch. « Les soldats ont tué et violé des centaines de Rohingyas avec une efficacité particulièrement cruelle et qui n’a pu qu’être planifiée à l’avance », a t-il ajouté, confirmant la thèse avancée par l’ONU. 

« Il a pris ma fille et l’a jetée vivante dans les flammes. Que pouvais-je faire ? »

Les survivants parlent également de jeunes enfants arrachés à leur mère, tués et jetés dans des brasiers ou dans la rivière. Hassina Begum, 20 ans, a tenté de dissimuler sa fille de 1 an, Sohaifa, sous son foulard, mais un soldat l’a aperçue. 

« Il a pris ma fille et l’a jetée vivante dans les flammes. Que pouvais-je faire ? … Il avait un couteau dans la main et un fusil à l’épaule ».

« Le gouvernement birman doit immédiatement cesser sa campagne de nettoyage ethnique et fournir d’urgence aux agences humanitaires et à la Mission d’établissement des faits des Nations Unies un accès sans entrave à l’État de Rakhine », a réagi Human Rights Watch. 

« Les condamnations ne peuvent suffire à rendre justice aux victimes de Tula Toli. Une action internationale concertée est désormais nécessaire », a également ajouté l’ONG.