Plus de 130 musulmans Rohingya ont été tués dans l'Etat Rakhine, en Birmanie, et plusieurs centaines d'autres jetés sur les routes, conséquence de la répression sanglante des forces armées depuis samedi.

C’est un nouveau flux de réfugiés qui frappe à la porte du Bangladesh. Le regain de violence dans l’ouest de la Birmanie, sous couvert de répression contre des activistes islamistes, a provoqué la fuite de plusieurs centaines de Rohingya vers la frontière bangladaise voisine. La BBC a ainsi rapporté des commentaires d’officiels bangladais affirmant que certains déplacés – parmi lesquels des enfants – étaient la cible de tirs à bout portant.

Depuis le 9 octobre dernier et l’attaque de trois postes frontières, l’Etat Rakhine – peuplé principalement par quelque 1,1 million de musulmans Rohingya – est le lieu d’un huis-clos sanglant. Le gouvernement birman lie les auteurs de la triple attaque à un groupe de terroristes djihadistes, justifiant ainsi son impitoyable rétorsion. Conséquence : au moins 130 personnes sont mortes depuis le début des opérations menées à Maungdaw, au nord de l’Etat Rakhine. La persécution de la minorité Rohingya résulte de la vision de certains Birmans, qui les considèrent comme des immigrés illégaux d’origina bangladaise. Et ce, en dépit de leur résidence en Birmanie depuis plusieurs générations.

Humanitaires et journalistes interdits d’accès

Les exactions des forces de l’ordre birmanes ont aussi pu être perpétrées avec l’interdiction opposée aux humanitaires et aux journalistes d’accéder sur les lieux, supprimant ainsi tout témoignage extérieur du supplice subi par les civils. Seuls quatre villages, dont la population totale ne représente qu’une faible part de la communauté, ont pu toutefois recevoir une aide extérieure : les rares témoignages recueillis par ce biais font état d’abus flagrants comme les viols, les assassinats et la destruction de villages entiers. Des témoignages corroborés par des images satellite prises entre le 22 octobre et le 10 novembre qui dévoilent des centaines de structures brûlées.

Mais les autorités birmanes réfutent toute responsabilité, rejetant ces accusations sur les « terroristes musulmans ». A la tête du pays depuis avril dernier, Aung San Suu Kyi s’illustre par son silence sur la situation à Rakhine. Les analystes et même certains Birmans l’interprètent tantôt comme un signe d’assentiment, tantôt comme une limite à son autorité réelle face à la mainmise de l’armée. Depuis l’éclatement des conflits inter-communautaires en 2012, plus de 100 000 Rohingya demeurent confinés dans l’Etat Rakhine, dénués des droits humains les plus fondamentaux comme la liberté de mouvement, l’éducation et les soins médicaux. Des dizaines de milliers d’autres ont péri en mer dans leur fuite.

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