La désignation du futur président de l’Organisation internationale de police criminelle approche à grands pas, et le candidat émirati, le général Ahmed Naser al-Raisi, fait figure de favori, malgré les multiples violations des droits de l’Homme qui lui sont imputées.

L’assemblée générale de la prestigieuse agence de collaboration policière internationale, prévue à Istanbul entre les 23 et 25 novembre, s’apprête à élire son nouveau président. Élection à haut risque, elle doit permettre de désigner le successeur du Sud-Coreen Kim Jong-yang.

Deux candidats s’affrontent pour ce poste. D’un côté, la vice-présidente de la division européenne d’Interpol, la Tch​èque Sarka Havrankova, et de l’autre côté, l’inspecteur général du ministère de l’Intérieur des Emirats arabes unis, le général Ahmed Naser al-Rais, qui siège depuis 2015 au comité exécutif d’Interpol pour la zone Asie.

Une candidature controversée

Le candidat émirati est le favori pour la présidence d’Interpol. Pourtant, sa candidature suscite l’indignation des organisations de défense des droits humains, et beaucoup de questions, dans certains pays. 

Dans une lettre ouverte, publiée fin octobre dernier, la Fédération internationale pour les droits humaines alerte sur l’élection potentielle du général émirati. Elle juge que son élection bafouerait tous les principes de respect des droits de l’Homme. En avril 2021, le Royaume-Uni tirait déjà la sonnette d’alarme. L’ex-procureur général David Calvert-Smith avait même rédigé un rapport de 48 pages, dénonçant cette candidature et énumérant les raisons pour Interpol de la rejeter.

Ahmed Naser al-Raisi est visé par trois plaintes dans l’Hexagone, au titre de la compétence universelle de la France. Il est notamment accusé d’actes de torture et de barbarie. L’ONG Gulf Center for Human Rights considère le système carcéral géré par les services du général émirati comme l’un des « plus arbitraires au monde ». 

L’élection de ce candidat « décrédibiliserait aussi l’action d’Interpol dans certains domaines comme la lutte contre le terrorisme […] C’est l’une des missions centrales d’Interpol, et Ahmed Naser al-Raisi applique dans son pays une législation qui définit le crime de terrorisme de mani​ère tellement large que n’importe quelle manifestation pacifique peut ​être considérée comme un acte de terrorisme » explique ladite ONG. 

L’élection du comité exécutif fait polémique

Outre la désignation du nouveau président de l’organisation de coopération policière transnationale, l’arrivée d’un grand policier chinois au sein du comité exécutif préoccupe les Etats. Les parlementaires d’une vingtaine de pays appellent à faire barrage à l’élection de Hu Binchen. Dans une lettre ouverte publiée en début de semaine, ils expliquent qu’avec ce représentant chinois au comité, cela donnerait « le feu vert à Pékin pour continuer à utiliser Interpol afin d’exporter sa politique de répression contre la minorité musulmane chinoise des Ouïghours ».

La présence de régimes autoritaires dans les organes de direction d’Interpol a montré ces dernières années, une utilisation abusive des notices rouges. Ces mandats d’arrêt internationaux destinés à traquer les pires criminels sont détournés de leur fonction, et constituent un outil de traque, pour ces régimes, pour la poursuite des opposants, en dehors des frontières de leur pays.

L’élection du général émirati et du policier chinois, fera voler en éclats l’image qu’Interpol a tenté de bâtir depuis de nombreuses années: une organisation indépendante, loin des sphères de pouvoir. Ces élections entraîneraient une politisation de son mandat, et l’instrumentalisation de sa mission. Les conséquences seraient désastreuses en matière de respect des droits humains fondamentaux et des libertés.