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« Contre-feu » : Benjamin Griveaux, une indignation sélective

Le porte-parole du gouvernement français s’est indigné que Michelle Bachelet, haute-commissaire aux droits humains de l’ONU, cite la France dans une intervention où elle mentionnait également des régimes autoritaires. Mais il arrive qu’il se montre moins susceptible…

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Après que Michelle Bachelet, haute-commissaire pour les droits humains de l’ONU, a demandé à la France « une enquête approfondie » sur les violences policières commises, depuis cinq mois, pendant les manifestations des « gilets jaunes », Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe, s’est offusqué : il a trouvé extrêmement vexant de « se retrouver dans une liste entre le Venezuela et Haïti où il y a eu des morts, nombreux, à la suite de manifestations ».

Naturellement – et comme l’a ensuite expliqué au Monde le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Michel Forst : « Ce n’est pas parce que la France est citée dans une liste aux côtés du Venezuela ou d’Haïti qu’elle est comparée à ces pays. » Puisqu’en vérité, ajoutait Michel Forst : Michelle Bachelet « a juste appelé la France à veiller à ce que le droit soit respecté ». Comme elle le fait aussi, régulièrement, pour d’autres démocraties – comme l’Inde.

Mais Benjamin Griveaux a donc fait comme s’il ne saisissait pas cette évidence, pour mieux s’indigner de ce que son pays soit, selon lui, mis dans le même sac que des États où des manifestant·e·s se font effectivement tuer par dizaines.

Et cette émotion pourrait être compréhensible, s’il n’arrivait jamais que Benjamin Griveaux reste remarquablement silencieux dans des moments où des ministres appartenant au même gouvernement que lui associent réellement – et très directement – la France à des régimes connus pour leur extrême brutalité.

Malheureusement : tel n’est pas le cas.

Un silence assourdissant

Ainsi, lorsqu’en octobre 2017, par exemple, Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, exhibe, toute vergogne bue, sa complicité avec Abdel Fattah al-Sissi, président égyptien en visite officielle à Paris – qu’il connaît fort bien, pour lui avoir, lorsqu’il était le ministre de la Défense de François Hollande, vendu notamment des avions de chasse : Benjamin Griveaux se tient coi, muré dans un silence assourdissant. Il pourrait, par exemple, rappeler qu’il y a eu des morts, très nombreux, dans des manifestations, en Égypte – où huit cents personnes au moins ont été tuées au mois d’août 2013 dans l’épouvantable massacre de la place Rabia-El-Adaouïa -, et que la proximité affichée de son collègue Le Drian avec le maréchal Sissi a par conséquent quelque chose de spécialement obscène. Mais il ne le fait pas (1).

Pis : lorsque des voix, toujours plus nombreuses, s’élèvent, pour exiger que son gouvernement cesse enfin de vendre des armes à l’Arabie saoudite, qui piétine quotidiennement les droits humains et mène au Yémen une guerre atroce, Benjamin Griveaux, plutôt que d’appuyer cette demande, répond, tout au contraire, qu’il « assume » cet odieux négoce, car ces ventes de matériels – et de maintenance – militaires représentent, explique-t-il, « un intérêt clair pour l’industrie française ».

Pour le gouvernement français, la fin – commerciale – justifie donc ici les moyens les plus indignes : c’est son porte-parole qui l’assure crânement, et cela pourrait presque donner l’impression que les admirables convictions humanistes qui lui font ensuite déplorer que la France soit citée par l’ONU dans une liste où figure aussi le Venezuela ne sont pas tant sincères que de pur opportunisme – ou de très stricte hypocrisie.

(1) Et il reste également silencieux quand des organisations non gouvernementales font la démonstration que les forces répressives égyptiennes utilisent, contre des manifestants pacifiques, des blindés qui leur ont été livrés par la France.

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