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En Belgique, halal et casher dans la tourmente

Depuis le début de l’année, l’abattage rituel sans assommage est interdit en Flandre, bientôt en Wallonie. Les responsables juifs et musulmans sont inquiets.

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C’était le 23 janvier dernier à la Cour constitutionnelle. Les plaidoiries commençaient dans les affaires jointes déposées par des organisations musulmanes et juives contre les interdictions de l’abattage sans étourdissement aussi bien en Wallonie qu’en Flandre. Une trentaine d’acteurs du halal — bouchers, associations… — étaient présents, vêtus de blanc. Tous espèrent que la juridiction belge annulera les deux décrets — le wallon du 18 mai 2017 et le flamand du 7 juillet 2017 — interdisant l’abattage d’animaux sans étourdissement. Il faudra attendre deux mois avant de connaître la décision de la Cour.

Mais d’ores et déjà, du côté des acteurs du halal, on s’organise. Parce que « beaucoup de musulmans se sentent par cette loi rejetés et fortement discriminés », insiste Youssef Elassooudi, membre de l’association des bouchers halal de Belgique. Avec la création prochaine d’une fédération des bouchers halal en Belgique, qui espère peser sur le débat, qu’importe le verdict de la Cour constitutionnelle. Concernant le volet judiciaire, c’est l’union sacrée. Quatre organisations ont décidé de porter l’affaire devant les tribunaux : le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) et le Consistoire central côté juif, l’Exécutif des musulmans de Belgique — le CFCM belge — et un groupement de professionnels du halal côté musulman.

Les importations de viande halal bientôt interdites ?

Toutes ces organisations sont sur la même longueur d’ondes : en signant les décrets flamand — appliqué depuis le 1er janvier dernier — et wallon — ce dernier n’entrera en application que le 1er septembre prochain —, le législateur contrevient à plusieurs libertés. « Il y a une atteinte à la liberté de religion et au principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, affirme ainsi Youssef Elassooudi qui y observe également une « discrimination indirecte et un traitement différent par rapport à la chasse et la pêche » et une « discrimination par rapport à la liberté d’entreprendre. » Car ce sont bien des centaines de bouchers, restaurateurs et autres professionnels de la filière « halal » qui sont et seront les principales victimes de ces mesures.

On ne dispose pas de chiffres précis sur le marché de la boucherie halal en Belgique. Mais rien que la région de Bruxelles compterait désormais plus de boucheries halal que de boucherie traditionnelles. Environ trois-cents dans tout le pays, selon les différentes estimations. Mais c’est aussi la prise en otage des communautés juive et musulmane. Car si les décrets n’interdisent pas les importations de viande halal, cette mesure pourrait bien être la prochaine, se murmure-t-il au sein des associations de défense du bien-être animal.

Le Conseil constitutionnel défavorable à l’interdiction de l’abattage rituel sans assommage

Qu’importe : la fin de l’abattage rituel sans assommage sonne le début d’une crise profonde. Juifs et musulmans ont, pour le moment, le choix d’importer des produits casher et halal mais n’ont plus la capacité de s’assurer à 100 % de la conformité de leurs viandes avec leur religion. Mais la crise pourrait aussi toucher tous les Belges : la fin de l’abattage rituel sans assommage est synonyme de chômage, de perte d’activité et de chiffre d’affaires. En attendant septembre prochain, les bouchers flamands peuvent encore se fournir chez des producteurs installés provisoirement en Wallonie. Plus pour longtemps, donc.

A moins que la Cour constitutionnelle ne change la donne. A trois reprises — 2006, 2016 et 2017 —, le Conseil constitutionnel s’est dit défavorable à l’interdiction de l’abattage rituel sans assommage. Ailleurs en Europe, que ce soit en Autriche ou en Allemagne, même chose. La Pologne, qui avait été le premier pays européen à interdire ce type d’abattage est, au vu de sa situation économique, revenu sur sa décision. Certes, la loi européenne autorise les Etats membres à « encadrer » l’exception à l’obligation d’étourdir l’animal. « Mais ici, les régions belges n’encadrent pas, elles mettent à mal », résume Youssef  Elassooudi.

Un débat belge, mais aussi européen

Avec les futurs membres de la fédération des bouchers halal, il anticipe une éventuelle annulation des décrets flamand et wallon. Le groupement estime en effet que les solutions alternatives n’ont pas été prises en compte lors des travaux parlementaires. « Des solutions telles que la mise en place de formations ou le rapprochement entre éleveurs et bouchers, pour un abattage au plus près des lieux d’élevages existent et contribueraient à améliorer le bien-être animal dès lors que l’on accepte d’entendre que c’est l’ensemble du modèle d’industrialisation de la filière de la viande qui est à revoir. Car contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la vie d’un animal ne se résume pas aux secondes précédent son dernier souffle. L’amélioration de son bien-être passera avant tout par de meilleures conditions d’élevage, de transport, de vie tout simplement.», déclare Youssef Elassooudi.

Fin mars, le décret pourra être annulé, les recours rejetés ou la décision renvoyées à la Cour de justice de l’Union européenne. Youssef Elassooudi estime qu’il s’agit là d’un débat européen plus que belgo-belge. « Tout cela suscite des préoccupations aux quatre coins de l’Europe puisque des organisations telles que le Muslim-Jewish Leadership Council nous ont contactés et nous ont fait part de leurs vives inquiétudes… », assure-t-il.

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