Les épidémiologistes redoutent les ravages que pourrait causer une épidémie de Covid-19 dans les camps de réfugiés surpeuplés du sud du Bangladesh. Ceux-ci abritent près d’un million de Rohingyas, minorité musulmane persécutée en Birmanie voisine, qui y vivent dans une pauvreté extrême.

Les autorités locales ont annoncé mardi le premier décès officiel dû au coronavirus dans ces camps, un réfugié de 71 ans, et veulent y intensifier les tests pour avoir une meilleure idée de la propagation du virus dans la communauté rohingya. Mais elles se retrouvent confrontées à un casse-tête.

La plupart des réfugiés refusent d’être testés par peur d’être placés sur l’île isolée de Bhashan Char, située dans le golfe du Bengale, s’ils s’avèrent porteurs du virus, a indiqué à l’AFP un responsable médical sous condition d’anonymat.

« Les Rohingyas sont terrifiés », a déclaré cette source, même si « nous leur avons dit qu’ils ne seront envoyés nulle part ».

Dacca veut de longue date déplacer 100.000 réfugiés rohingyas sur cette île coupée du monde et vulnérable aux inondations. Ce projet controversé, dénoncé par de nombreuses ONG et organisations internationales, fait l’objet d’une vive opposition de la communauté rohingya.

306 Rohingyas secourus en mer ont récemment été installés sur l’île, devenant ses premiers occupants.

La rumeur a poussé deux porteurs du virus à s’enfuir ces derniers jours du centre d’isolement où ils avaient été placés, a relaté le responsable médical.

La perspective d’une relocalisation sur Bhashan Char « a créé une panique généralisée dans nos rangs », a confirmé à l’AFP Nurul Islam, un leader communautaire rohingya.

Le bilan officiel dans les camps de réfugiés est actuellement de 29 cas confirmés. 16.000 Rohingyas sont placés en quarantaine. Les services médicaux ont préparé 500 lits prêts à recevoir des malades du Covid-19 mais ceux-ci restent majoritairement vides à ce jour.

Pour éviter des contaminations venues de l’extérieur, Dacca restreint de façon draconienne depuis plusieurs semaines les accès aux camps rohingyas, y compris pour les travailleurs humanitaires.