L’ancienne dirigeante de la Birmanie, évincée par un coup d’État le 1er février dernier, a été condamnée lundi 6 décembre par un tribunal spécial. Elle écope de quatre années de prison pour incitation aux troubles publics et violation des règles sanitaires liées à la Covid-19.

En résidence surveillée depuis la prise de pouvoir par la junte birmane, l’ex-cheffe du gouvernement civil voit la première peine prononcée contre elle tomber. Elle est poursuivie pour une douzaine de chefs d’accusations. Jugée depuis le mois de juin 2021, elle est inculpée pour de nombreuses infractions, parmi lesquelles fraude électorale, corruption, sédition et importation illégale de talkie-walkie. La lauréate du prix Nobel de la paix risque des dizaines d’années en prison, si elle est reconnue coupable.

Les généraux, à travers un tribunal spécial, poursuivent également l’ancien président Win Myint. Il est lui aussi condamné à la même peine et fera face à d’autres chefs d’accusations. L’arrestation des figures civiles du régime birman, met fin à la brève parenthèse démocratique en Birmanie.

Pour Amnesty international « Les lourdes peines infligées à Aung San Suu Kyi sur la base de ces accusations bidon sont le dernier exemple en date de la détermination de l’armée à éliminer toute opposition et à asphyxier les libertés en Birmanie ».

La Birmanie, toujours en dérive

Le coup d’État de février 2021 marque un nouveau tournant dans l’histoire birmane. La junte militaire a multiplié les arrestations et a fortement réprimé les manifestations. Plus de 200 adversaires des militaires ont été interpellés et assignés à résidence dans la capitale, Naypyidaw. Un climat de peur s’est installé avec une répression sanglante.

Si tous les regards se sont tournés vers la Birmanie c’est parce que Aung San Suu Kyi a longtemps incarné le symbole de la démocratie, de l’opposition et de la paix aux yeux de la communauté internationale. Pourtant, lors des années qu’elle a passé au pouvoir, entre 2016 et 2021, cette résistante a dû collaborer avec ceux qu’elle dénonçait, les militaires.

D’icône internationale à paria, son image s’est écornée par le traitement inhumain infligé à la minorité musulmane : les Rohingyas. Plus d’un million d’entre eux ont dû fuir les exactions de l’armée, commises avec le silence complice d’Aung San Suu Kyi, et trouver refuge dans des camps de fortune au Bangladesh.

Accusée de « génocide » devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la Birmanie s’est défendue face à ces accusations. Venue en personne pour défendre son pays, Aung San Suu Kyi a nié « toute intention génocidaire » devant cette juridiction internationale. La crise des Rohingyas désigne aujourd’hui l’une des crises humanitaires ayant enregistré la plus rapide détérioration dans le monde.