Reconnaître et rémunérer des aumôniers musulmans peut être une solution pour empêcher la radicalisation en prison, selon Mohamed Loueslati.

Un aumônier musulman lance un signal de détresse à l’Etat français. Selon lui, la déradicalisation en prison passe par un dialogue avec des aumôniers musulmans reconnus.

Vous avez dit laïcité ? Si cela varie d’année en année, « l’Etat donne 1,2 million d’euros à l’Eglise catholique pour rémunérer ses aumôniers », explique Mohamed Loueslati, auteur de « L’islam en prison », qui assure que « ce n’est pas du tout le cas pour les musulmans. » Certes, l’article 2 de la loi de 1905 indique que l’Etat peut dédier des budgets « à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissement publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. » Mais dans une période où les prisons sont devenues des lieux de radicalisation, il serait temps de permettre à cet « Islam de France », si cher aux hommes politiques, d’envoyer des aumôniers dans les prisons hexagonales. C’est en tout cas le souhait de Mohamed Loueslati.

La déradicalisation, ça existe

Pour l’auteur de « L’islam en prison », la radicalisation des détenus passe notamment par cette impression d’être inexistants aux yeux des directions des prisons. Il faut pourtant montrer « qu’on s’intéresse à eux », assure Mohamed Loueslati, qui a permis plusieurs actions en ce sens. Comme la livraison de viande halal dans certaines prisons, ou l’achat de tapis de prière. Chaque prisonnier demande de l’attention, selon l’aumônier, qui assure que « les démarches individuelles représentent le cœur du travail de l’aumônier » et qu’il faut « créer un climat de confiance avec les détenus. » Un travail indispensable, jusqu’ici non rémunéré… Certes, « l’administration pénitentiaire nous donne de faibles indemnités », indique Mohamed Loueslati. Mais juste assez pour rembourser les frais de déplacements.

Mohamed Loueslati a la solution à la déradicalisation

Or, estime-t-il, « on ne peut déradicaliser en France et lutter contre le terrorisme sans aumôniers. » Si l’Etat n’offre aucune reconnaissance et aucun budget aux aumôniers musulmans, il va au-delà de grosses déconvenues. « Si on agit seulement sur le plan sécuritaire, on se prive de tout ce qui est culturel et intellectuel. Or, la délinquance est un mode de pensée, et seul le dialogue peut lutter contre ça », estime Mohamed Loueslati, qui veut lutter contre une « image réductrice du milieu carcéral. » L’auteur de « L’islam en prison » lance un véritable appel aux autorités : « L’Etat n’a pas réalisé que la prison a changé. Or, nous sommes aujourd’hui obligés de tenir compte de la spécificité musulmane, puisque la population carcérale est à majorité musulmane. »

60 postes d’aumôniers prévus

Et l’homme s’en prend alors à la politique de la France. Pas assez convaincante selon lui. « La délinquance et la radicalisation sont des maux que l’on sait traiter, mais personne ne veut le faire pour des raisons électorales. Il nous faut des hommes politiques courageux pour le bien du pays. » Mohamed Loueslati lance un appel pour que l’Islam « rattrape son son retard face à l’aumônerie catholique. » D’ores et déjà, une soixantaine de postes d’aumôniers musulmans devraient être créés dans les trois années à venir. C’est encore peu, mais c’est un début pour lutter contre une radicalisation due à des conditions de détention difficiles.

Mohamed Loueslati : « Sans aumôniers musulmans, la radicalisation en prison se développera » (ici)

Yassine Bannani

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