L’islam est aujourd'hui stigmatisé. Faire l’amalgame entre la religion et Daesh après les attentats de Paris est un non-sens. Pourquoi ?

Comme à chaque atrocité commise par l’Etat islamique, l’islam devient la cible privilégiée d’une partie de la population française. Pourtant, faire l’amalgame entre la religion et ce groupe terroriste est une bêtise. Voilà pourquoi…

1. Parce que les musulmans aussi sont en guerre contre Daesh

La France compte près de 5 millions de musulmans. Des Français, pour la majorité nés sur le territoire, ayant grandi avec les livres de Voltaire et de Rousseau autant qu’avec le Coran. Des Français qui paient leurs impôts et prennent des congés à Noël quand leur entreprise ferme. Des Français qui se sont sentis, vendredi soir, attaqués en tant que Français. Si le président François Hollande estime que la France est en guerre contre le terrorisme, elle l’est avec ses 70 millions d’habitants. De toutes confessions. Appeler les musulmans à sortir dans la rue, seuls, comme l’a fait Ivan Rioufol, c’est les mettre au pilori. Lorsqu’il faudra que l’armée française parte au combat, ce sont des combattants de toutes les religions qui risqueront leur vie.

2. Parce que la Oumma a naturellement condamné ces actes

On reproche aux musulmans de ne pas crier assez fort leur condamnation des attentats. Pourtant, comme pour les attentats qui avaient secoué Charlie, les représentants d’institutions musulmanes ont dit leur dégoût sans se sentir obligés de le faire. C’est le cas du Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance représentative de l’islam en France. Il a dénoncé les « attaques odieuses et abjectes » et appelé à « l’unité et à la solidarité. » L’UOIF également a sorti un communiqué pour dénoncer la barbarie.

Les moquées marseillaises – au nombre de 11 – ont également voulu diffuser un message de paix. Elles montrent ainsi qu’il faut rester unis face à la menace terroriste. « Notre collectif appelle l’ensemble des Français à ne pas se laisser tenter par le cycle infernal des amalgames et des représailles, qui serait la meilleure façon de cautionner les actions criminelles des assassins parisiens », explique un communiqué des responsables de ces lieux de cultes.

Les imams parisiens aussi ont voulu montrer qu’ils étaient choqués par ces attaques perpétrées au nom d’Allah. Plusieurs imams et le Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF) ont déposé des fleurs en hommage aux victimes ce lundi. Un événement qui ne devrait pas en être un : les musulmans de France sont avant tout des Français. Qui ont été meurtris dans leur chair comme les catholiques, les protestants, les juifs et les athées. Arrêtons de vouloir diviser là où il faut s’unir.

3. Parce que des musulmans ont été tués dans les attaques

Cet argument semble peut-être bête, mais il démontre aux adeptes de la stigmatisation, par A+B, que nous se sommes pas aujourd’hui dans une guerre entre musulmans et Français « de tradition judéo-chrétienne. » Aujourd’hui, on ne dispose pas de la liste de toutes les victimes des attaques de vendredi soir. Mais parmi elles se trouvaient des Tunisiennes, des Algériens, des Marocains entre autres. Aujourd’hui, qu’importe de savoir si ces victimes étaient catholiques, juives ou musulmanes. Les terroristes n’ont ciblé que des lieux de la capitale, ils ont tiré à vue, se sont faits exploser en sachant qu’ils allaient tuer des Parisiens, des Français, des touristes, sans épargner les musulmans. D’après Le Monde, 80 % des victimes de Daesh sont… des musulmans ! Preuve une nouvelle fois qu’il n’est pas là question d’Islam mais bien de terrorisme.

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4. Parce que ce serait jouer le jeu de l’Etat islamique

Marc Trévidic, ancien juge au pôle antiterroriste, le signalait déjà : « Ceux qui partent faire le djihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre, pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 % seulement pour des convictions religieuses : l’islam radical. » Dans ce même article, nous rappelions que, selon Nicolas Hénin, « la réforme de l’Islam de France n’aurait qu’un effet marginal et ne suffirait pas à régler le problème du jihadisme français. » Pour lui, « le vrai problème c’est celui de l’exclusion, couplé à un sentiment de révolte. » Le grand reporter conclut qu’islamophobie et islamisme « se nourrissent l’un l’autre. » Désunir les Français, voilà ce que veut aujourd’hui l’Etat islamique. Pourquoi lui donner raison en estimant que le problème est l’Islam ?

5. Parce que le Coran ne dit pas ce que l’Etat islamique lui fait dire

Un collectif de citoyens a décidé de créer l’Etat humaniste, en réponse à l’Etat islamique. Objectif : expliquer que l’Islam n’a rien à voir avec ce qui s’est passé vendredi ou bien avant au Liban. « D’abord vous avez tenté de justifier vos agissements en vous référant à la Sourate 59, verset 2, écrit ce collectif. Cette Sourate fut révélée à propos de la bataille menée contre les Banû an-Nadîr qui furent chassés de Médine après avoir trahi l’accord qu’ils avaient avec le prophète en s’alliant avec les Qurayshites contre le Prophète. Or lors de ce bannissement, le Prophète n’a pas voulu que le sang coule, et aucun ennemi ne fut tué. Or là où le Prophète a protégé la vie, vous avez fait couler le sang, vous avez ôté la vie. Vous avez travesti la Parole de Dieu, vous avez fait ce que son Prophète avait décidé de ne pas faire. Il n’appartient pas à l’homme de faire ce que Dieu n’a pas voulu », écrit-il.

Le collectif explique également que les terroristes « ont tué en se basant sur une Sourate où Dieu n’a pas voulu que le sang coule – Ils ont jugé en se prenant pour Dieu, alors que seul Dieu peut juger. » Enfin, il se réfère également à la Sourate 32, qui dit que « celui qui tuerait un Homme non coupable d’un meurtre ou d’un délit sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les Hommes. » Pour l’Etat humaniste, « en tuant 128 personnes, c’est l’Humanité que vous avez tuée. » Une bonne foi(s) pour toute : Daesh tue au nom de Dieu. Mais ce dernier ne se reconnaîtra jamais dans ce mouvement terroriste.

Mehdi Chaouali

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