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Économie

Arnaques et prix exorbitants: «Les musulmans n’ont pas une bonne visibilité du marché du Hajj en France»

Nombreux sont les pèlerins qui dénoncent chaque année les arnaques et la hausse des prix des séjours Hajj et Omra proposés par les opérateurs français. Une plateforme sur internet permet désormais de comparer les offres et les prix.

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« Hôtel chic 5 étoiles au pied de la Grande Mosquée… Le tout pour 5 000 euros. Tout semblait parfait. Mais dix jours avant le voyage, il se présente à notre domicile et veut récupérer le reste de la somme. » Le début des ennuis pour Nafissa, qui racontait il y a quelques mois sur la radio RMC son expérience du Hajj, qui a viré au cauchemar. 

Dès le départ, les dates sont changées et, une fois sur place, elle et son amie sont allées de déconvenues en déconvenues. L’hôtel n’avait plus que 3 étoiles et se trouvait à 5 kilomètres de la Grande Mosquée. L’agence organisatrice de Nîmes ne répondait plus et le groupe n’avait pas de guide agrée. Les deux femmes ont dû aussi payer 800 euros de frais supplémentaires, notamment pour les taxis et les visites.

Alors que de nombreux pèlerins économisent pendant des années pour pouvoir se payer le « voyage de leur vie », bien souvent, les prestations proposées sont loin d’être à la hauteur. Opter pour le séjour le plus cher n’est pas non plus l’assurance d’accomplir un pèlerinage dans les meilleures conditions. 

« Un voyage avec un forfait tout compris au bout de la planète n’est pas aussi cher »

L’ACEF (Association culturelle d’entraide et de fraternité) travaille depuis plusieurs années sur ce sujet et lutte contre les prix exorbitants des petits et grands pèlerinages. « En 2007 le forfait du Hajj coûtait environ 2 500 euros. Aujourd’hui, neuf ans plus tard, il va de 5 500 euros jusqu’à 7 000 euros dans certaines régions de France. Un voyage avec un forfait tout compris au bout de la planète n’est pas aussi cher », dénonce Omar Dakir, le président de l’association. 

Ce dernier met en cause entre autres le visa, sur lesquels jouent les agences sous-traitantes en l’incluant dans des frais administratifs qui ne sont pas détaillés, alors même que celui-ci est gratuit. « Les agences de voyages situées en France ont besoin de faire des marges commerciales. Cependant, une règle de raison doit être appliquée sur les frais de services. » 

L’ACEF a mis en concurrence plusieurs agences en Europe et en France pour un forfait Hajj au départ de Paris. Une des agences européenne proposait un séjour à 4 500 euros depuis Paris, alors que les agences françaises proposaient des prix avoisinant les 5 500 euros, voire plus. Depuis, l’association a lancé une pétition en ligne « Stop aux prix exorbitants du Hajj », qui a recueilli plus de 9 500 signatures. 

Sur 30 000 pèlerins, seulement 3 % disposaient d’un contrat en 2007

Au-delà du prix, l’ACEF dénonce d’autres arnaques : des voyages organisés fictifs, des rabatteurs non agrées et qui partent gratuitement, de nombreux paiements en espèces, mais aussi l’absence de contrat de voyage, dans lesquels doivent normalement figurer le nom de l’assureur. « De nombreux pèlerins sont partis de France faire le Hajj en 2015 sans contrat, alors qu’il y a eu 2 097 morts cette année-là. Cela a recommencé en 2016. Le consommateur doit être protégé. C’est une mise en danger de la vie d’autrui », indique l’association. 

Une constatation qui avait déjà été faite il y a dix ans par l’association SOS Pèlerin et qui semble perdurer. « Sur les 36 500 clients partis en 2007, seulement 3 % disposaient d’un contrat de vente en bonne et due forme », rapporte le président Zakaria Nana sur le site de l’organisation. 

L’association ACEF a également constaté que de nombreuses agences sous-traitantes « poussent comme des champignons sur le territoire national alors qu’elles n’ont pas l’agrément Hajj. » Des associations de mosquées proposent elles aussi des séjours sans avoir le statut commercial nécessaire et sont régulièrement épinglées sur le site de l’ACEF

Afin de faire tri parmi les multiples offres, deux étudiants en école d’ingénieur ont récemment lancé une plateforme spécifique : hajj-mecque.com. Un mix entre « TripAdvisor » et « Liligo », apportant à la fois une comparaison entre les prix des différents séjours mais aussi les avis des pèlerins. 

« L’idée est que chacun puisse trouver le pèlerinage idéal »

« Mon copain et moi avons eu la chance d’accomplir la Omra. Mais nous avons été un peu déçus par les prestations de l’agence. Si on avait eu la possibilité de comparer davantage les prestations, notre voyage aurait été meilleur », raconte Sofiane, un des deux étudiants à l’origine du projet, qui souhaite « moderniser le marché français » du Hajj. 

Sur leur site, près de 500 offres sont comparées, en fonction de la ville de départ, des dates et de la durée du séjour, du Hajj ou de la Omra, du type de chambre et de la formule (économique, confort ou premium). 

« Il y a énormément d’offres actuellement et les musulmans n’ont pas une bonne visibilité du marché du pèlerinage en France. L’idée est que chacun puisse trouver le pèlerinage idéal : celui qui convient à ses besoins et à ses ressources », explique Sofiane. 

Pour lui, l’augmentation des prix n’est pas de la seule responsabilité des agences. « L’Arabie Saoudite a entrepris de grands travaux de rénovation à La Mecque (environ 20 milliards d’euros) et cela pèse sur les prix. Face à la demande qui explose, le pays a aussi imposé une taxe sur la Omra d’environ 500 euros supplémentaires. » Une taxe qui s’applique pour toute personne qui a déjà accompli un pèlerinage l’année précédente ou qui se rendrait à La Mecque pour la troisième fois. 

600 plaintes auprès de l’association SOS Pèlerin en 2017

Conscients des arnaques, Sofiane et Ilyass ont réservé une partie de leur site aux témoignages des pèlerins. En 2017, environ 600 plaintes ont encore été rapportées à l’association SOS pèlerin, selon leurs informations.

« A travers la publication des avis, nous voulons rassurer les internautes, les guider dans leurs choix et pointer du doigt les agences malhonnêtes », expliquent-ils.

Le Bureau central des cultes du ministère de l’Intérieur s’est également saisi du sujet, alors que de plus en plus de français se rendent à La Mecque chaque année (16 000 visas délivrés en 2014, 30 000 les années précédentes) et que ce marché représenterait en France une centaine de millions d’euros. Ainsi, en 2014, une charte de qualité élaborée par la Coordination agréée Hajj de France (CHF) a été présentée au ministère des affaires étrangères et signée par 43 agences, pour faire face aux abus.

En 2016, le ministère de l’Intérieur a aussi lancé un appel à projet intitulé « Hajj : étude du marché français et enquête de satisfaction des pèlerins. » 

« L’étude devra permettre de mieux identifier les acteurs et leurs logiques au sein de ce marché lucratif, en s’attachant à l’ensemble du circuit, depuis les ‘rabatteurs’ qui opèrent au sein des mosquées, jusqu’aux principales agences. De leur côté de nombreux pèlerins protestent notamment contre les tarifs des agences de voyages françaises, largement supérieurs à ceux des agences belges, allemandes et britanniques, les conditions de réceptions et d’hébergement in situ. Il conviendra de faire un point précis sur l’ensemble de ces problématiques », peut-on lire dans cet appel à projet. 

Le rapport devait être prêt pour septembre 2017, mais il n’a visiblement toujours pas été publié. En revanche, un guide comportant des conseils pratiques à destination des pèlerins se rendant à La Mecque est disponible sur le site du ministère de l’intérieur. 

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