C’est la sixième exigence de l’Arabie Saoudite transmise par la médiation du Koweït au Qatar : « Cesser le financement des personnes, groupes ou organisations reconnus comme terroristes par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Egypte et Bahreïn ainsi que les Etats-Unis et d’autres pays. » Mais s’il est difficile aujourd’hui, dans cette crise du Golfe entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, d’affirmer que les autorités du Qatar  ont des liens avec le terrorisme, force est de constater que côté saoudien, le financement du terrorisme est plus évident. Plusieurs documents et rapports sortis depuis le début des années 2000 montre l’implication du royaume wahhabite dans le financement des extrémistes.

« Sans l’argent des Saoudiens, al-Qaïda n’aurait rien »

En accusant son rival de financer le terrorisme, Riyad tente, comme l’indique Marianne dans un article daté du 5 juin 2017 de « se blanchir sur le dos du Qatar. » Car en ce qui concerne le financement du terrorisme, l’Arabie Saoudite est loin d’être un exemple. Dans le passé, plusieurs documents et témoignages ont permis d’affirmer que le royaume wahhabite était l’un des principaux fournisseurs de fonds d’al-Qaïda. Zacarias Moussaoui, impliqué dans la préparation des attentats des tours jumelles en 2001, avait déclaré que son organisation « recevait des dons de la part de membres de la famille royale saoudienne. » « Sans l’argent des Saoudiens, on n’aurait rien », avait même indiqué le terroriste lors d’un témoignage sous serment. Selon une note secrète datée de 2009, les services de la secrétaire d’Etat américaine indiquaient de leur côté que « les donateurs en Arabie saoudite constituent la plus importante source de financement des groupes terroristes sunnites à travers le monde » et confirmaient les propos de Moussaoui en écrivant que « l’Arabie saoudite reste une base essentielle d’appui financier pour al-Qaïda, les talibans, Lashkar e-Tayyiba et d’autres groupes terroristes y compris le Hamas, qui soulèvent probablement des millions de dollars chaque année à partir de sources saoudiennes, souvent pendant le Hajj et le Ramadan. »

« L’Arabie Saoudite en tête des pays coupables de promouvoir l’extrémisme »

En accusant l’Iran et le Qatar de financer le terrorisme, l’Arabie Saoudite espère ainsi camoufler comme elle le peut les différents rapports qui pointent du doigt le financement du terrorisme par les Saoudiens. Theresa May, Première ministre britannique, a par exemple en sa possession un rapport que le ministère de l’Intérieur lui a remis au début de l’année. Mais son « contenu sensible » de ce document fait hésiter la Première ministre à dévoiler son contenu. En réalité, le récent deal conclu pour l’achat de 3,5 milliards de livres d’armes entre l’Arabie saoudite et le Royaume-Uni place les dirigeants britanniques dans une position très inconfortable. En attendant, un autre rapport a été publié, celui-ci rédigé par un think-tank britannique, la Henry Jackson Society. Tom Wilson, l’un des chercheurs et auteurs de ce document, indique que « l’Arabie saoudite figure indubitablement en tête de liste des pays coupables de promouvoir l’extrémisme » au Royaume-Uni et indique que, bien que l’Arabie Saoudite assure ne plus financer le terrorisme, les fonds soutenant l’expansion du wahhabisme auraient doublé entre 2007 et 2015.

« Tout le problème réside dans la définition du terrorisme »

Problème : l’Arabie Saoudite a l’impression que le Qatar finance le terrorisme mais qu’elle en a une définition très personnelle. Le politologue suisse Hasni Abidi explique que « tout le problème réside dans la définition du terrorisme. Aujourd’hui, tous les Etats ont leur propre conception du terrorisme. Les pays européens ne voient pas les Frères musulmans et le Hamas comme un groupe terroriste. » C’est certainement là le nœud du problème. L’Arabie Saoudite exhorte le Qatar à « couper les liens avec les organisations terroristes telles les Frères Musulmans, le groupe Etat Islamique, al-Qaïda, le Hezbollah, le Hamas » et à « les reconnaître formellement comme groupes terroristes. » La dictature égyptienne espère par exemple se débarrasser des Frères musulmans que Doha accueille depuis le coup d’état ayant porté au pouvoir le maréchal al-Sissi en 2013 dans son pays. Même chose pour le Hamas, puisque plusieurs anciens dirigeants de l’organisation ont trouvé refuge au Qatar. Or, l’Arabie Saoudite et ses alliés craignent les Frères musulmans et ont toujours œuvré contre les printemps arabes de 2011. Concernant Bahreïn, l’idée est de faire taire la contestation chiite et ainsi de prendre un pas d’avance dans la lutte d’influence que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran. Sauf que l’Arabie saoudite abrite toujours des individus privés finançant le terrorisme.