La monarchie saoudienne était le seul pays à interdire aux femmes de conduire. Dans quelques mois — en juin 2018 —, les Saoudiennes pourront enfin prendre le volant. Dans la nuit du 26 au 27 septembre, le roi Salman a ordonné de « permettre d’accorder le permis de conduire aux femmes en Arabie saoudite » dans un décret. Dans ce texte, le roi indique avoir pesé « les inconvénients de l’interdiction et ses avantages. » Selon lui, « la plupart des grands oulémas étaient en faveur d’une mesure permettant aux femmes de conduire. »

Deux femmes arrêtées en 2014 pour défendre leur droit de conduire une voiture

Jusqu’à présent, la conduite des femmes était jugée « illicite » et contraire aux bonnes mœurs. Pour avoir osé braver cet interdit, plusieurs femmes ont été envoyées en prison ces dernières années. En 2014, deux activistes Saoudiennes qui défendaient le droit des femmes à conduire ont, par exemple, été déferrées devant un tribunal « antiterroriste. » Loujain Hathloul, célèbre militante, avait été arrêtée alors qu’elle tentait d’entrer dans le pays en voiture après un séjour aux Emirats arabes unis. Maysaa Alamoudi, une journaliste venue lui prêter main forte, avait également été interpellée. Les deux femmes ne seront libérées que 73 jours plus tard. Très actives sur les réseaux sociaux, avec notamment un programme sur YouTube concernant cette interdiction, leur combat dérangeait le royaume. C’est en effet sur internet que la mobilisation des femmes s’est organisée ces dernières années. Plusieurs Saoudiennes postaient régulièrement des clichés d’elles sur Twitter au volant d’une voiture avec le hashtag #Women2Drive ou #LetSaudiWomenDrive, ou lançaient des pages Facebook et des pétitions en ligne.

« Je ne m’attendais pas à une telle décision avant 10 ou 20 ans ! »

Ainsi, la nouvelle a été accueillie dans la joie, comme le soulignent les témoignages recueillis par l’AFP : « Je suis sous le choc, je ressens une très grande joie. Je ne m’attendais pas à une telle décision avant 10 ou 20 ans », a déclaré Haya Rakyane, une employée de banque de Riyad, âgée de 30 ans.  « C’est un jour très heureux ! Je n’y crois pas encore, je n’y croirai pas avant de le voir de mes propres yeux », témoigne Chatha Dousri, une employée de la compagnie pétrolière Aramco à Dahran (Est). Mais suite à cette annonce, qui marque certes une avancée notable, il reste une interrogation : pourquoi l’Arabie Saoudite a t-elle soudain plié devant les revendications des femmes ? Une volonté d’aller vers un plus grand respect des droits de l’homme ?

Le permis de conduire des Saoudiennes pour réduire les dépenses en chauffeurs privés

Il semblerait qu’une des raisons pour lesquelles le roi s’est enfin décidé à publier ce décret soit économique. En effet, jusqu’ici, l’Arabie Saoudite avait les moyens financiers nécessaires pour que les femmes ne conduisent pas. Les familles du royaume était prêtes à dépenser chaque année des sommes considérables pour que les femmes puissent circuler en empruntant plusieurs fois par jour des véhicules conduits par des chauffeurs privés, des taxis ou des Uber. Mais le royaume traverse une passe difficile après la chute des prix du pétrole, et souhaite entreprendre des réformes économiques.

Mais si le décret a été signé par le roi Salman, derrière cette annonce qui donne plus de place à la femme dans la société se cache surtout son fils, Mohamed Ben Salman. Ce dernier a en effet lancé un programme de modernisation économique et social, appelé « Vision 2030 ». Pour ce nouvel homme fort, futur héritier, il s’agit aussi de redorer son image et celle du pays auprès de l’opinion internationale. Une image déjà ternie par de nombreuses arrestations de personnalités ces dernières semaines, liées au conflit avec le Qatar. S’il peut se féliciter de cette première étape vers l’émancipation des femmes, d’autres droits sont encore demandés par les féministes saoudiennes. En effet le combat n’est pas fini. Les Saoudiennes sont toujours sur la tutelle de leur mari et sont obligé d’avoir l’accord de celui-ci, de leur père ou de leur frère pour pouvoir signer un contrat de travail ou voyager à l’étranger.