La famille du dictateur tunisien Ben Ali accueillie en Arabie saoudite, c’était en 2011. La Tunisie avait alors fait sa révolution et le président tunisien, chassé de son pays, avait fini par négocier avec Ryad les conditions d’une installation dans le royaume wahhabite. En échange d’une maison sur place, le dictateur avait promis de ne pas se répandre dans les médias.

Ces derniers jours, un autre président déchu a annoncé se rendre dans un pays du Golfe, à Dubaï cette fois. IBK, chef de l’Etat malien renversé par un coup d’Etat, risque de devoir faire face à la justice de son pays. Officiellement, c’est pour se faire soigner aux Emirats arabes unis que Keïta a rejoint le Golfe. Mais il pourrait bien tenter d’y rester si la situation se complique pour lui au Mali, même si la Cedeao a promis qu’il reviendrait au Mali pour répondre de ses actes devant la justice. Car en juillet, des manifestations avaient été réprimées dans le sang.

Le Golfe serait donc le nouveau paradis des dictateurs et des présidents déchus. Autrefois, la France était leur destination favorite. Paris avait longtemps accueilli Duvalier, président sanguinaire d’Haïti. Mobutu aussi, ancien dirigeant de la République démocratique du Congo, était ainsi venu se faire soigner dans l’Hexagone après avoir été renversé en 1997. Jean-Bedel Bokassa, empereur de République centrafricaine, s’était lui installé dans un château français au début des années 1980.

Des exils qui permettent généralement aux présidents déchus de faire face à un procès à la CPI. « L’impunité existe toujours », indique au Parisien Jean-Marie Fardeau, directeur France de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Les pays hôtes s’opposent généralement à des procès retentissants, sous couvert de ne pas vouloir remuer le passé, continue le quotidien français.

En tout, depuis la Seconde Guerre mondiale, 52 pays ont accueilli des dictateurs, selon des chercheurs qui expliquent que les destinations principales étaient autrefois les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, l’Argentine et la France. « Tout d’abord, un nombre écrasant de dictateurs de pays en voie de développement cherchent exil dans le pays de leurs anciens colons, résument les chercheurs. Ensuite, les dictateurs en fuite ont tendance à éviter les états démocratiques –sauf si cette démocratie est un allié de pouvoir majeur. »

Quoi de mieux, donc, que de se rendre aux Emirats ou en Arabie saoudite ? Deux pays pas franchement réputés pour être des démocraties. Les anciens pays colonisateurs ont aujourd’hui la pression du TPI et des ONG. De quoi les refroidir au moment de donner leur accord à d’anciens dictateurs. Ben Ali avait, à l’époque, demandait à Paris pour atterrir au Bourget. Cela lui avait été refusé et Ben Ali était alors parti en Arabie saoudite, un pays plus conciliant.