Jeudi, le gouvernement a fait geler les fonds de l’association Nawa, qui édite des livres. Gérald Darmanin reproche à l’association de prôner le jihad armé.

Il s’agira d’une dissolution basée sur « de basses raisons politique ». La maison d’éditions Nawa pourrait bien être dissoute dans les jours à venir par un ministère de l’Intérieur qui a déjà fait fermer BarakaCity et le CCIF ces derniers mois. Nawa déplore « la dérive du modèle politique français », le gouvernement s’étant mis en tête d’interdire la maison d’éditions, qui affirme que « (ses) ouvrages et traductions sont en accusation ». Des accusations que Nawa juge « nulles et non avenues ». Que reproche le ministère de l’Intérieur à cette simple maison d’éditions ?

Nawa est une association, qui est officiellement un « centre d’études orientales et de traduction ». Son cœur de métier reste l’édition de livres sur le monde musulman. Selon France 3, Abû Soleiman Al-Kaabi et Aïssam Aït Yahya sont les responsables de l’association qui a vu, jeudi dernier, ses avoirs gelés. Questionné par la chaîne française, un sociologue, Samir Amghar, s’interroge « sur le timing politique ». Pourquoi avoir attendu cinq ans, demande-t-il, alors que les services de renseignement suivent depuis sa création la maison d’éditions.

Des livres trop contestataires ?

« Des experts considèrent que Nawa a joué un rôle dans le processus de radicalisation de certains jeunes, que cette association défend un jihad de la pensée, un islam ultra-orthodoxe », explique-t-il. Mais rien de répréhensible selon le sociologue, qui estime que c’est l’esprit « contestataire », la défense d’« une certaine lecture de la société française » et la « posture post-colonialiste » de l’association qui dérangent.

Nawa serait également trop proche de Idriss Sihamedi, devenu semble-t-il l’ennemi numéro 1 de Gérald Darmanin. Selon le responsable de l’ONG BarakaCity, visée par une dissolution administrative, il serait reproché à Nawa de « considérer Idriss Sihamedi comme un ami et un frère ». Une mosquée, qui avait soutenu le responsable d’ONG, avait subi le même sort. La mosquée avait perdu son statut d’association cultuelle.

Darmanin confond histoire et appel au djihad armé

Pour le ministre de l’Intérieur, la ligne éditoriale de Nawa « est clairement anti-universaliste et en contestation directe des valeurs occidentales. Elle a diffusé plusieurs ouvrages légitimant le jihad ». L’entourage de Darmanin affirme même que les dirigeants seraient « en lien avec la sphère jihadiste ». Des accusations graves que Nawa va réfuter dans un communiqué prochainement publié.

D’ores et déjà, quelques explications permettent de mieux comprendre la situation. Nawa aurait en effet publié un livre historique parlant de conquête islamique. Cette nouvelle croisade du ministère de l’Intérieur risque en tout cas d’aboutir, comme ce fut le cas pour plusieurs associations et mosquées. Mais la maison d’éditions a, d’ores et déjà, reçu de nombreuses marques de soutien.