En Allemagne, les alliés d’Angela Merkel ont appelé la chancelière à revoir sa politique relative à l’accueil des réfugiés, l’enjoignant, entre autres, à « donner la priorité aux migrants chrétiens ».

Priorité aux migrants chrétiens, interdiction de la burqa et du hijab, un contrôle migratoire plus strict, l’obligation pour les nouveaux venus d’apprendre l’allemand et de s’intégrer : telles sont, pêle-mêle, les revendications formulées par les membres de l’Union Chrétienne-Sociale (CSU), le parti allié et le pendant bavarois de l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU) dont est issue la chancelière allemande.

Le rappel à l’ordre est… sans appel. Angela Merkel a favorisé depuis l’année dernière l’accueil et l’installation de plus d’un million de demandeurs d’asile fuyant la guerre et le terrorisme djihadiste en Syrie, en Irak et ailleurs au Moyen-Orient. Mais le CSU, connu pour ses positions très conservatrices, a constamment et vigoureusement condamné ses largesses. Le parti bavarois a même formalisé dans un mémorandum de cinq pages, publié la semaine dernière, ses principales revendications et orientations en matière de gestion de la question des migrants.

« L’Allemagne doit rester l’Allemagne »

Et ces cinq pages, dont l’AFP a pu prendre connaissance, peuvent se résumer en six mots : « L’Allemagne doit rester l’Allemagne ». Sans prendre de gants, les partisans du CSU entendent défendre la « germanité » de leur pays. « Nous sommes contre le fait que notre pays soit transformé par l’immigration et les vagues de réfugiés », est-il écrit d’emblée. Les flux massifs de migrants, tels qu’observés l’année dernière quand des dizaines de milliers de personnes entraient quotidiennement sur le territoire allemand via la Bavière, « ne doivent en aucun cas être reproduits », souligne le mémo.

Bastion du conservatisme et du catholisme dans un pays majoritairement protestant, le parti de Bavière exige l’application d’un quota annuel de réfugiés, établi à 200 000 personnes, qui donne en outre la priorité aux migrants issus « de [leur] sphère culturelle occidentale chrétienne ». Une préférence justifiée selon eux par le fait que « c’est à l’Etat de décider lui-même qui accepter, et non pas aux migrants ».

Une autre louche anti-turque

D’autres exigences accompagnent ces fondements à la politique migratoire qu’ils veulent voir appliquée. Les alliés de Merkel la poussent à interdire la burqa, cet « uniforme de l’islamisme, un obstacle important à l’intégration et un symbole de la répression des femmes qui est inacceptable dans notre culture ». Et à celles et ceux que cette position offusquerait, les chrétiens-sociaux conseillent « de trouver un autre pays ».

La liste de revendications du CSU déborde sur d’autres questions de politique étrangère. Et notamment, celles concernant les relations germano-turques. Tout en réitérant leur opposition à une éventuelle admission de la Turquie dans l’Union européenne, les signataires de la CSU veulent voir révisé l’accord convenu avec ce pays, en particulier sur la facilité d’octroi de visas à ses ressortissants, en contrepartie de son rôle dans l’interception et l’absorption des flux de migrants vers l’Europe. Une mesure dont le timing n’est pas anodin, puisque le papier de la CSU a été diffusé quelques jours après la victoire du parti populiste d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AFD) sur la CDU lors d’une élection régionale.

Yassine Bannani

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