« Depuis le lancement de la campagne présidentielle (le 17 novembre), les autorités algériennes ont intensifié leur offensive contre la liberté d’expression et de réunion, signalant ainsi leur tolérance très limitée envers les Algériens et Algériennes appelant à un changement du système » politique, a déclaré Heba Morayef, directrice d’AI pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dans un communiqué.

L’organisation de défense des droits humains dénonce « des arrestations arbitraires », « la dispersion par la force des manifestations pacifiques contre l’élection présidentielle », « la poursuite en justice et l’emprisonnement de dizaines de militants pacifiques » ces dernières semaines.

Les Algériens sont appelés à voter dans une semaine pour élire un successeur au président Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission en avril par un mouvement (« Hirak ») populaire de contestation du régime inédit, après 20 ans à la tête de l’Etat.

Mais cette élection est rejetée par le « Hirak », qui réclame le démantèlement du « système » politique au pouvoir depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés –et certains condamnés– à la suite de manifestations de protestation contre la tenue du scrutin.

« Au lieu de s’en prendre aux manifestants pacifiques, notamment à ceux qui s’opposent à l’élection présidentielle, les autorités algériennes doivent garantir le droit de la population algérienne de manifester pacifiquement et de s’exprimer librement », plaide la responsable d’Amnesty, qui réclame la libération « immédiate et sans condition » de toutes les personnes détenues.

Selon le CNLD, qui recense et soutient les Algériens arrêtés dans le « cadre du Hirak », plus de 140 personnes sont actuellement incarcérées, en détention préventive ou condamnées, pour des faits liés à la contestation.

D’après l’association, le tribunal d’Oran rendra son verdict le 11 décembre, veille de la présidentielle, contre « Nime », dont les oeuvres grinçantes mettant en scène les dirigeants algériens sont largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Deux tableaux lui sont particulièrement reprochés: « L’Elu » montre l’actuel homme fort de l’Algérie, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, un genou à terre, passer un chausson de vair au pied de l’ex-Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, candidat à la présidentielle, sous les yeux des quatre autres postulants. En arrière-plan, on distingue, spectral, Abdelaziz Bouteflika.

« Jusqu’au bout » montre le général Gaïd Salah, le président par intérim Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui en musiciens jouant sur le pont d’un navire qui commence à couler.