Une quarantaine de détenus politiques ont entamé une grève de la faim. Cette action des prisonniers d’opinion vient dénoncer les détentions arbitraires du régime militaire, à l’approche de la date d’anniversaire du Hirak.

Le 16 février 2019, l’Algérie a observé une vague de contestation, caractérisée par une série de manifestations. S’opposant à un cinquième mandat du président Bouteflika dans un premier temps, ce mouvement a également protesté contre l’armée. En réalité, ces citoyens, identifiés comme des opposants au régime, réclament la mise en place d’une Deuxième République et d’une transition civile. Ils rejettent l’appareil étatique militaire, et veulent d’une Algérie démocratique.

 

333 prisonniers sont aujourd’hui détenus dans les prisons algériennes. Une quarantaine d’entre eux a entamé une grève de la faim, dans la prison d’El Harrach à Alger. C’est l’avocat Abdelghani Badie, membre du Collectif de défense des détenus d’opinion qui en a fait l’annonce. Il a déclaré que « Cette action coïncidait avec le 64e anniversaire de la grève des huit-jours en 1957, et visait pour protester contre l’article 87 bis sur la base duquel ils sont accusés de terrorisme ».

 

L’article 87 bis du Code pénal algérien élargit la définition du crime de terrorisme. « Est considéré comme acte terroriste ou sabotage, tout acte visant la sûreté de l’État, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Cette nouvelle définition punit « toute action ayant pour objet de porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou d’inciter à la faire, par quelque moyen que ce soit ».

Concrètement, toute personne s’opposant au régime en place ou le dénonçant est considérée comme terroriste. Les opposants sont particulièrement visés par cette nouvelle disposition. La pratique de la liberté d’expression et du rassemblement pacifique sont menacés par cet article, qui bafoue les libertés et droits humains des citoyens algériens en désaccord avec le pouvoir.

 

Le mouvement du Hirak a été la proie de la systématisation des détentions provisoires arbitraires. Les proches de ce mouvement ou partisans ont été placés sous contrôle judiciaire. Avec cette grève de la faim, il s’agit de dénoncer les conditions de vie en détention mais surtout cette logique d’incarcération de toute forme d’opposition.

Par ailleurs, le pouvoir a nié l’existence de toute grève de la faim au sein de cette prison à Alger. Le Parquet d’Alger dément réfute toutes ces affirmations, jugées « tendancieuses ». La cour avertit même qu’elle « pourrait engager la responsabilité pénal de ses auteurs dans la mesure où les informations de cette nature ont pour but d’impacter négativement l’ordre public et les institutions ».