Un tribunal d’Alger a acquitté mercredi cinq manifestants, accusés d' »atteinte à l’intégrité du territoire » pour avoir porté un drapeau amazigh (berbère), au lendemain de la condamnation d’une trentaine d’autres à de la prison ferme par un autre tribunal, selon un de leurs avocats.

Le procès des cinq accusés s’était déroulé le 23 octobre devant le tribunal du quartier algérois de Bab el Oued. Le Parquet avait requis 18 mois de prison et le verdict, prévu le 30 octobre, avait été reporté en raison d’une grève des magistrats.

Mardi, le tribunal de Sidi M’hamed, le plus important de la capitale, a de son côté prononcé des peines de six mois de prison ferme contre une trentaine d’accusés, jugés pour les mêmes faits et le même chef – passible de dix ans de prison.

Les cinq accusés de Bab el Oued « ont été acquittés par un juge intègre qui a appliqué la loi », s’est réjoui Me Seddik Mouhous, membre du collectif d’avocats ayant assuré leur défense. « Dans ma plaidoirie (…) j’avais moi-même dit au juge: +Je ne demande pas votre clémence je vous demande d’appliquer la loi+ », a-t-il rappelé.

A chaque procès, les avocats rappellent qu’aucune loi n’interdit le port ou la possession du drapeau culturel amazigh.

« Personne ne devrait être harcelé, intimidé, arrêté ou poursuivi simplement pour avoir porté le drapeau amazigh ou l’avoir en sa possession », avait rappelé lundi Amnesty International.

Les cinq acquittés, en détention préventive depuis leur arrestation le 21 juin, faisaient partie des premiers manifestants jugés à Alger, au lendemain d’un 1er groupe de six, condamnés mardi à six mois ferme par le tribunal de Sidi M’hamed.

– « Pas matière à condamnation » –

Ils avaient été arrêtés deux jours après l’interdiction prononcée par le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, de tout autre drapeau que l’emblème national dans les manifestations hebdomadaires contre le pouvoir.

Une décision visant implicitement le drapeau amazigh, très présent dans les cortèges aux premiers mois du mouvement de contestation populaire inédit du régime, né le 22 février.

Le général Gaïd Salah est de fait l’homme fort de l’Algérie depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika sous la pression du « Hirak », la contestation qui réclame dorénavant le démantèlement du « système » au pouvoir depuis l’indépendance en 1962.

Selon Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de Défense des droits de l’Homme (LADDH), le tribunal de Bab el Oued « a confirmé qu’il n’y avait pas matière à condamnation dans ce type d’affaires » et « s’est aligné sur les autres tribunaux du pays, qui ont prononcé l’acquittement » d’accusés jugés pour les mêmes faits.

« Cela confirme le caractère d’exception du tribunal de Sidi M’hamed », seul à avoir jusqu’ici condamné des « porteurs de drapeaux amazighs » pour « atteinte à l’intégrité du territoire national », a souligné M. Salhi, interrogé par l’AFP.

Avant le tribunal de Bab el Oued, plusieurs tribunaux de province – devant lesquels ces affaires sont bien moins nombreuses – ont déjà acquitté des manifestants accusés du même chef pour les mêmes faits.

Le tribunal de Sidi M’hamed « a eu recours massivement, depuis le début du Hirak, à la détention provisoire », a rappelé M. Salhi, « c’est un tribunal où il y a de fortes présomptions d’ingérence (du pouvoir) et qui pose la question de l’indépendance des magistrats ».

« Aujourd’hui les faits semblent confirmer ces présomptions », a-t-il estimé