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Alain Gresh : « C’est la première fois qu’un président assimile antisionisme et antisémitisme »

Alain Gresh, auteur de la BD « Un chant d’amour, Israël-Palestine, une histoire française », nous parle du conflit israélo-palestinien et de son livre.

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Alain Gresh, directeur du journal en ligne OrientXXI et spécialiste du conflit israélo-palestinien, sort la bande-dessinée « Un chant d’amour, Israël-Palestine, une histoire française » (éditions La Découverte), illustrée par Hélène Aldeguer. Alain Gresh nous parle de son ouvrage mais aussi du conflit israélo-palestinien et de la venue de Netanyahu à Paris pour la commémoration du Vél’ d’Hiv’.

LeMuslimPost : En lisant votre livre, on se dit que la bande-dessinée va survoler le confit israélo-palestinien et, finalement, on apprend beaucoup de choses… Pourquoi avoir choisi ce format ?

Alain Gresh : Bien que ce soit une bande-dessinée, cela a été un gros travail. On a choisi ce format après une rencontre avec la dessinatrice Hélène Aldeguer mais aussi parce que j’ai toujours été intéressé par la bande-dessinée. On voulait toucher un public nouveau, qui ne lirait pas forcément un livre sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi faire en sorte que quelqu’un qui connaît le conflit apprenne quelque chose. On a essayé de trouver des anecdotes originales, et la bande-dessinée permet de mettre en scène des histoires différemment d’un livre classique, comme la Une de France Soir au matin du 5 juin 1967 annonçant l’attaque d’Israël par l’Egypte ou la rencontre entre Serge Gainsbourg et l’ambassadeur d’Israël qui lui demande une chanson. Ce sont des événements très parlants visuellement et qui frappent.

« On n’a aucune influence sur les Israéliens »

On reproche souvent aux Français d’importer le conflit israélo-palestinien dans l’Hexagone. Mais vous montrez, comme l’indique le sous-titre de votre bande-dessinée, que celui-ci a toujours été « une histoire française » et ce, dès le général De Gaulle…

Dès 1967, avec la position du général De Gaulle qui a condamné la guerre menée par Israël — il n’a jamais pardonné qu’Israël ait tiré le premier —, c’est devenu un débat très présent dans notre pays. Depuis cinquante ans, c’est resté un sujet très sensible. En 1967, De Gaulle, contre toute la classe politique, à l’exception des communistes, contre tous les médias massivement pro-Israéliens et contre une grande partie de l’opinion publique, prend une position à contre-courant et condamne une guerre qu’il estime être une guerre d’agression. C’est cette position du général De Gaulle qui va déterminer trente ou quarante années de politique française. Tous ceux qui lui ont succédé, y compris des gens très critiques comme Giscard d’Estaing — qui était considéré comme pro-Israélien —, ont suivi la même voie. Mais depuis une dizaine d’années, notamment avec Sarkozy et Hollande, on assiste à un tournant de la position française. Non pas sur les principes — la France dit qu’elle est toujours contre la colonisation et pour une solution à deux Etats — mais on a développé des relations bilatérales avec Israël, sans prendre en compte ce que ce pays fait subir aux Palestiniens. Et on a vu monter un discours qui épouse le discours israélien, notamment sur « la guerre contre le terrorisme » et sur le fait d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme. La réception par Macron de Netanyahu a été très loin : c’est la première fois qu’un président de la République fait cette assimilation entre antisionisme et antisémitisme. On a franchi une nouvelle étape inquiétante. La politique depuis Sarkozy, c’est de dire qu’il faut être proche des Israéliens pour avoir une influence sur eux. Or, on n’a aucune influence sur leur politique.

« L’amalgame entre les juifs et Israël est dangereux »

Cet amalgame entre antisionisme et antisémitisme a réellement été développé lors d’un discours de Manuel Valls au dîner du CRIF, alors qu’il était le Premier ministre de François Hollande…

Oui. Hollande avait fait cet amalgame alors qu’il était candidat à la présidentielle, mais pas en tant que président. Mais concernant Macron, c’est très dangereux : le Vél’ d’Hiv’ est une affaire qui concerne la France. En invitant Netanyahu, il y a l’idée qu’Israël représente les juifs français. Dans la bande-dessinée, il y a une rencontre entre Giscard d’Estaing et Yitzhak Shamir, Premier ministre israélien, qui lui dit, en parlant des juifs de France : « Nous avons rencontré notre communauté. » Giscard lui répond : « Non, c’est notre communauté. » C’est important, il y a cet amalgame entre juifs et Israël qui est dangereux et qui est le résultat, entre autres, de la politique du CRIF, qui soutient de façon inconditionnelle Israël.

Le sommet pour la paix organisé par la France en janvier 2017 a-t-il servi à quelque chose ?

Je crois que cela n’a servi à rien. La France, en 1967 ou en 1980 quand elle fait reconnaître l’OLP ou le droit à l’autodétermination des Palestiniens, ne pèse pas beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui sur la scène internationale. Mais il y a une vraie volonté d’avoir une vraie politique indépendante, de ne pas être à la remorque des Américains, de penser que nous avons un rôle à jouer. Et pourtant, c’est elle qui va faire avancer l’idée en Europe qu’il n’y a pas de solution sans l’OLP, sans l’autodétermination des Palestiniens. Aujourd’hui, on prétend garder les mêmes positions : on est pour une solution à deux Etats mais, dans les faits, on ne fait rien pour que cela se réalise vraiment. On a une position dite équilibrée, c’est presque plus pervers : on met sur le même plan l’occupant et l’occupé. On demande à l’occupé de négocier avec Israël sans conditions, c’est absurde.

« Des canaux officieux se sont ouverts entre l’Arabie Saoudite et Israël »

On a vu des candidats comme Benoît Hamon s’engager sur la Palestine lors de la campagne présidentielle. Est-ce une question primordiale pour un politique français d’avoir une position claire sur la Palestine ?

Elle n’est pas primordiale, personne ne vote prioritairement en fonction d’une position sur la Palestine. Par exemple, on dit que les musulmans ont voté massivement pour Hollande en 2012. S’ils s’étaient attachés à la question palestinienne, ils n’auraient sûrement pas voté pour lui. Certes, c’est une question qui pèse, mais pas encore assez. Il n’y a pas suffisamment de pressions sur les députés pour qu’ils prennent en compte cette question.

Notamment avec la crise diplomatique entre plusieurs pays du Golfe et le Qatar, on voit l’Arabie Saoudite devenir de plus en plus proche d’Israël. Se dirige-t-on vers une normalisation de leurs relations diplomatiques ?

Il y a un rapprochement, des canaux officieux qui sont ouverts entre certains pays du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite, et Israël. Mon sentiment, c’est que cela ne peut pas aller très loin, car l’opinion en Arabie Saoudite fait que c’est très difficile aujourd’hui d’opérer une normalisation avec Israël sans que cela ait des conséquences internes pour le royaume.

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