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Ahmadiyya : Mohamed Aïssa, à quand des preuves matérielles?

Notre chroniqueur, l’avocat Asif Arif*, répond au ministre algérien des Affaires religieuses, qui affirme que les Ahmadis sont « un mouvement de renseignement au service du colonialisme moderne. »

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Monsieur le Ministre,

Avec tout le respect que j’ai pour votre profession, votre affirmation ne manque pas de culot : « Ahmadiyya » serait « un mouvement de renseignement au service du colonialisme moderne. » Puis de conclure que « l’Algérie en a fini avec ce mouvement. » Vous affirmez également à juste titre que la liberté de religion n’a pas posé problème en l’espèce mais c’est davantage la question de la liberté d’association qui était en jeu. Quoiqu’il en soit, tout appel à l’apaisement ne peut être que salué de la part des Ahmadis qui ne sont ni belliqueux, ni versés dans une guerre d’intérêt quelconque.

Revenons un instant sur les critiques que vous adressez, non sans condescendance, à l’égard des membres de la communauté musulmane ahmadiyya. Vous soutenez en effet qu’ils sont un service de renseignement au service des Occidentaux, alors que dans une précédente déclaration, vous aviez soutenu qu’il n’existe pas d’éléments suffisants concernant cette communauté supposée d’intérêts entre les Occidentaux et les Ahmadis. Il faut savoir qu’il en ressort une vision manichéenne, voire paranoïaque, de la politique algérienne à l’égard des Ahmadis.

En l’absence de preuve élémentaire dans ce débat, il n’existe pas d’élément permettant d’établir que les Ahmadis sont des « agents de renseignement » des Occidentaux. Ces affirmations, sans vérification, révèlent toute l’abjection de la campagne dont les Ahmadis ont fait l’objet et n’ont pas même pas été entendus, une seule fois, par le pouvoir algérien. Il faut regarder les faits en face : les Ahmadis représentent une communauté musulmane fondée en 1889 à Qadian en Inde par Mirza Ghulam Ahmad, c’est certain. Outre les livres d’une précision salutaire que ce dernier a écrits, aucune autre critique théologique n’a pu lui être adressée, de sorte que l’on a commencé à lui reprocher des positions, qualifiées de politique par ses détracteurs.

« Ne nous trompons pas d’ennemi »

N’oublions pas que la question du djihad est simple et sans appel : dès lors que la liberté de religion n’est pas atteinte et que les musulmans ne sont pas chassés de leurs habitations parce qu’ils ont soutenu que Dieu est unique, alors aucun djihad n’est autorisé par le Coran ; que les grands savants proposent une autre approche du djihad est une autre question. Par ailleurs, comment faut-il considérer ces grands savants lorsqu’ils appellent à la division et au soi-disant « djihad » entre les musulmans ? N’est-ce pas là la fitna ?

N’oublions pas non plus, Monsieur le ministre, l’histoire de l’Algérie qui a compris que l’extrémisme religieux ne lui a rien apporté de bon. Alors, ne nous trompons pas d’ennemi : l’ennemi reste le terrorisme, dans sa forme la plus brutale, et non pas les Ahmadis, qui représentent des individus pacifiques et appelant à toutes bonnes volontés du monde pour pacifier le monde.

Enfin, Monsieur le ministre, vous l’avez si bien exprimé, la problématique portait sur deux éléments : les dons illicites et l’association non déclarée. Or, vous ne vous êtes pas arrêté sur la procédure qui vise à immatriculer une association en Algérie, qui nous en aurait dit bien plus sur la question réelle qui est sous-jacente aux dossiers en Algérie. En effet, nous combattons, depuis le début, pour obtenir la faculté, somme toute assez simple, de pouvoir s’enregistrer en tant qu’association afin que les dons récoltés, en Algérie et pour les Algériens, ne soient plus déclarés illicites. Il n’existe aucun lien entre cette association et les autres.

Cette cabale contre les Ahmadis ne se justifie en rien. Et le pouvoir algérien commence à comprendre que ceux qu’ils avaient pensé comme des ennemis sont en réalité des individus innocents. La déclaration visant à rétablir le droit à créer une association pour les Ahmadis aurait été la bienvenue et porteuse d’espoir pour l’après-élection. Mais visiblement, aucun développement n’a été fait sur ce point et les critiques se sont plutôt attardées sur des éléments ayant peu d’intérêt puisqu’appuyées par aucune preuve concrète.

Encore une fois, nous renouvelons notre souhait de vous rencontrer, Monsieur le ministre.

Meilleures salutations de paix.

*Asif Arif est avocat au Barreau, auteur spécialisé sur les questions d’Islam et de laïcité. Il est l’auteur d’un ouvrage sur la question des Ahmadis au Pakistan.

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