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Interviews et Portraits

Qui est Ahed Tamimi, la nouvelle icône de la résistance palestinienne ?

A 17 ans, Ahed Tamimi risque sept ans de prison pour avoir défié des soldats israéliens. Cette jeune palestinienne est devenue un symbole de la résistance Palestinienne. Portrait. 

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Depuis une semaine, le visage d’Ahed Tamimi, adolescente blonde aux cheveux bouclés, fait le tour des réseaux sociaux. Dans une vidéo on y voit cette Palestinienne avec sa cousine Nor Naji, crier sur des soldats israéliens armés de mitraillettes qui surveillent la zone de Nabi Saleh, leur village au nord de Ramallah. Les deux filles se mettent à leur donner des coups de pied et des gifles, avant que ceux-ci ne s’en aillent en les toisant. Quelques jours plus tôt, un membre de la famille Tamimi avait été blessé à la tête par une balle en caoutchouc, tirée par des soldats de Tsahal lors d’une manifestation.

Cette vidéo, filmée le 15 décembre par l’un des portables des jeunes filles, a été visionnée plus de 3 millions de fois sur Facebook et a largement été partagée sur YouTube. Elle est également apparue sur les écrans de la télévision israélienne. Dans un contexte déjà très tendu avec plusieurs manifestations en Palestine contre la décision de Donald Trump de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israel, cette vidéo a fait réagir des deux côtés. Les défenseurs de la cause palestinienne saluent un acte de bravoure, les Israéliens y voient un acte d’humiliation de l’armée.

Palestinian Ahed Tamimi (L) fights with other members of her family to free a Palestinian boy (bottom) held by an Israeli soldier (C) during clashes between Israeli security forces and Palestinian protesters on August 28, 2015, in the West Bank village of Nabi Saleh near Ramallah.
Israel’s army arrested Ahed Tamimi on December 19, 2017, after a video went viral of her slapping Israeli soldiers in the occupied West Bank as they remained impassive. / AFP PHOTO / ABBAS MOMANI

#FreeAhedTamimi, une campagne virale pour libérer l’héroïne au « visage d’ange »

Pour cela, Ahed Tamimi risque désormais jusqu’à sept ans de prison. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, des soldats israéliens se sont rendus dans la maison de sa famille pour l’emmener, menottée. Une arrestation qui a également été filmée, par l’armée israélienne cette fois-ci. Puis Ahed Tamimi a comparu, le 20 décembre, devant un tribunal militaire israélien, poursuivie pour avoir agressé un soldat. Sa cousine Nor Naji Tamimi, qui a également affronté les soldats, a été arrêtée et sa mère, Nariman Tamimi, l’a été aussi, alors qu’elle tentait de rendre visite à sa fille.

Depuis son arrestation, sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos de la jeune femme circulent avec les hashtags #FreeAhedTamimi et une pétition en ligne a été lancée, exigeant sa libération. Le réseau de solidarité aux prisonniers palestiniens Samidoun entre autres, dénonce l’arrestation d’Ahed Tamimi, qui figure parmi les 450 Palestiniens déjà arrêtés par les forces israéliennes depuis la fameuse la déclaration du président américain Donald Trump.

En pleine crise sur le statut de Jérusalem, la jeune fille « au visage d’ange » comme on la décrit souvent, est donc devenue en quelques jours une icône de la résistance palestinienne. Mais Ahed Tamimi, qui vit en Cisjordanie occupée, est une activiste rompu à l’exercice. Depuis ses 9 ans, elle participe à plusieurs actions contre les colons et les soldats israéliens, largement soutenue par sa famille, qui filme régulièrement ses actes militants. Son père a déjà lui aussi été emprisonné de nombreuses fois pour sa résistance non-violente.

Plusieurs photos d’Ahed Tamimi, vêtue d’un tee-shirt Minnie Mouse, un keffieh sur les épaules et arborant de jolies tresses ont circulé ces dernières années. En 2013, elle avait fait la couverture du New York Times Magazine, alors qu’elle et sa famille affrontaient dans des manifestations hebdomadaire les colons voisins, contre la privation d’eau qui les affecte ainsi que leur récoltes. 

En 2015, elle figurait également sur une photo avec plusieurs femmes palestiniennes. Sur celle-ci, on la voyait tentant de libérer son petit-frère d’un soldat israélien, plaqué contre un rocher. Dans une autre vidéo devenue virale, on la voie en 2012, âgée d’à peine 11 ans, brandir son poing vers un soldat israélien. «Je suis plus forte que n’importe lequel de tes soldats», lui criait-elle alors au visage.

Des images qui symbolisent l’innocence d’une enfant en terre occupée, mais qui font aussi d’elle une petite héroïne palestinienne qui n’a peur de personne.

Les actes de Ahed Tamimi perçus comme une insulte nationale du côté israélien

Du côté israélien, ces vidéos insupportent. Les pro-israéliens estiment qu’Ahed Tamimi est une manipulatrice et une provocatrice, et la définissent comme une « comédienne professionnelle de la propagande palestinienne ». Ils dénoncent des « mises en scène » pour ridiculiser les soldats. Mais l’armée a finalement repris à son avantage la dernière vidéo en date. 

«Les soldats ont agi avec professionnalisme», a indiqué une porte-parole de l’armée. Nombre de responsables politiques ont également salué leur sang-froid devant les deux jeunes filles. Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a préféré y voir le signe que l’armée israélienne était « la plus humaine qui existe ».

Mais l’armée s’est elle aussi mise à filmer en retour, notamment l’arrestation de la jeune femme, qui circule désormais sur tous les médias officiels. Bassem Tamimi, le père d’Ahed, raconte que la vidéo a été filmée juste après que des soldats ont tiré du gaz lacrymogène dans leur maison et frappé Nariman Tamimi, la mère d’Ahed, ainsi que ses frères et sœurs. Sur sa page Facebook il dit qu’au moment de l’arrestation de sa fille, par « au moins trente soldats », sa maison a été saccagée, les Israéliens confisquant des portables, des ordinateurs et d’autres équipements électroniques. Des images qui n’apparaissent pas sur la vidéo officielle, clairement adressée à la société israélienne. 

« Une jeune Palestinienne qui frappe un soldat israélien est une insulte nationale qui ne peut être apaisée que par des images de cette même fille emmenée de sa maison par des soldats en armure », commente le journaliste du quotidien Haaretz, Anshel Pfeffer à propos de cette vidéo. 

« Nous avons besoin d’une jeune génération (…) pour libérer nos terres »

Mais Ahed Tamimi semble avant tout être devenue pour les Palestiniens, l’étendard de la jeune génération de résistants. «Je me dois d’encourager ma fille à être forte, elle est notre symbole. Nous ne pouvons pas baisser les bras car nous avons besoin d’une jeune génération qui se batte pour libérer nos terres», a souligné son père après son arrestation.

L’Union juive pour la paix rapporte qu’Ahed Tamimi s’est déjà rendue plusieurs fois à l’étranger pour porter son combat, dont une visite au Parlement européen. Elle a notamment participé à une conférence sur les femmes dans la résistance palestinienne. Et la popularité singulière d’Ahed Tamimi réside d’ailleurs aussi dans le fait que c’est une jeune fille. En effet les images habituelles dans les médias sont plutôt celles d’hommes palestiniens qui jettent des pierres aux soldats. 

Pour Nada Elia, écrivaine palestinienne de la diaspora et commentatrice politique, il est clair que la question du genre compte dans cette affaire et montre l’autonomisation des femmes palestiniennes. « Le jeune Ahed Tamimi, ainsi que sa mère et sa cousine, sont la preuve irréfutable que les femmes et les enfants palestiniens n’ont pas besoin d’être sauvés du patriarcat arabe ou du fondamentalisme islamique, mais de l’armée israélienne, et de la violation de leurs droits humains », commente t-elle dans une une tribune pour The Middle East Eye.

Cependant pour elle, si l’histoire d’Ahed Tamimi est devenue virale à travers le monde, c’est aussi pour ce que cette jeune palestinienne représente aux yeux des Occidentaux. «Si Ahed portait un hijab, et soyons honnêtes, si elle n’était pas une jolie jeune fille blonde aux yeux bleus, elle ne serait pas devenue la préférée de millions d’occidentaux libéraux qui se font difficilement à l’idée qu’une femme voilée puisse aussi mener des combats ». 

Pour Ahed Tamimi, le combat ne fait que commencer. A ce jour, elle et ses proches sont en détention prolongée jusqu’au 28 décembre au moins.

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