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Affaire Théo, violences policières, manifs et colère : où sont passés les droits de l’Homme ?

Notre chroniqueur Karim Achoui revient sur les injustices de l’affaire Théo, mais également sur les violences qui ont émaillé les manifestations d’hier.

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I have a dream : que tous les hommes naissent libres et égaux en droit, que la justice retrouve sa place. En 1789, des hommes se sont battus pour que nous puissions vivre libres et égaux en droit. En 1789, des représentants du peuple français, réunis en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme étaient la cause des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, avaient résolu d’exposer dans une déclaration solennelle les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que le bonheur de tous soit rendu possible, dans le respect et la dignité de l’individualité au sein du corps social. En 1789, encore, cette Déclaration indiquait :

« Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément… »

« Des distinctions sociales, des distinctions raciales perdurent et s’accentuent »

Cette déclaration fondamentale, capitale, se dresse encore aujourd’hui dans l’esprit de chacun, et dans l’Histoire de la France, comme le phare illuminant d’espérance des millions de citoyens marqués par les injustices. Cette déclaration est venue, comme une aube joyeuse, faisant se lever le soleil là où l’obscurantisme tentait de le museler et de le vaincre ; cette déclaration est venue rendre aux citoyens leur souffle, jusqu’ici retenu. Mais pourtant, près de 230 ans plus tard, les hommes ne sont toujours pas libres et égaux en droit, des distinctions sociales, des distinctions raciales perdurent et s’accentuent. Près de 230 ans plus tard, tous les hommes ne jouissent pas de la même liberté, tous les hommes ne bénéficient pas de la même sécurité, tous les hommes ne peuvent résister à l’oppression également, toutes les voix ne sont pas entendues également ! Près de 230 ans plus tard, certains individus encore se permettent d’abuser de leur autorité aux dépens d’autres.

En effet, près de 230 ans plus tard, nous apprenons que dans une commune de Seine-Saint-Denis, à Aulnay-sous-Bois, alors qu’ils interpellaient un certains nombre d’individus, un groupe de quatre policiers s’est jeté sur un jeune homme qui n’avait rien demandé à personne, sans motif apparent. Nous apprenons, que ces quatre policiers lui baissèrent son pantalon, puis son caleçon, avant de lui enfoncer une matraque dans le sphincter, générant des blessures gravissimes chez le jeune homme de 22 ans, nécessitant 60 jours d’ITT, et causant un traumatisme non négligeable. Près de 230 ans plus tard, donc, et face à cet acte abominable, face à ce viol avéré, face à ce geste sadique traduisant une volonté d’humiliation d’autrui, et alors que les droits de l’Homme institués depuis des années devraient triompher, nous apprenons aussi que ces quatre policiers présumés coupables de viol, et de violences volontaires en réunion, se contentent d’être mis en examen, et demeurent, à ce jour, encore en liberté, chose absolument remarquable dans une affaire de viol gravissime ! 230 ans, plus tard, donc, le constat est sans appel : nous ne serions pas tous libres et égaux en droits, tous ne serions pas des justifiables comme les autres, et notre justice fondée sur de si beaux principe serait en réalité bien boiteuse et amputée par tant de corruption rongeant le système. Mais ce n’est pas tout… car non seulement, les violences policières exercées à l’égard d’Adama hier, puis de Théo aujourd’hui, viennent échauffer une opinion publique qui se sent bafouée et trahie, mais en plus, chaque jour, les citoyens découvrent une corruption ahurissante, découvrent que des criminels s’érigent en représentants de l’ordre, avec le soutien d’une hiérarchie qui ne fait pas la lumière sur tous les éléments, et qui voile la vérité, instituant ainsi une hiérarchie sociale fondée sur des mensonges et de la violence, et rendant notre système bancal… tellement, qu’il risque d’exploser, avant de couler !

« On écarte un policier un an, le temps que l’affaire s’endorme dans les consciences »

Nous apprenons, ce jour, que les quatre policiers impliqués dans l’affaire d’Aulnay-sous-Bois s’avéraient être rattachés à une brigade de terrain liée au commissariat de la commune, et que l’actuel commissaire divisionnaire régnant sur le district nord-est de la Seine-Saint-Denis aurait un passé judiciaire lourd et étrangement lié à celui de ses quatre collègues récemment poursuivis. En effet, cet ancien adjoint de la BAC de Paris aurait été condamné, en 2008, pour empêchement d’un délit dans une sordide affaire de violence policière. Les faits remontent à 2004 : prenant en chasse un chauffard dans le nord de la capitale, les policiers de la BAC auraient fini par le rattraper et l’arrêter. C’est alors que l’individu interpellé aurait été extrait de l’habitacle du véhicule, tabassé, mis à terre, un cerceau d’enjoliveur placé entre les fesses, laissé ainsi en pâture, le nez cassé, par les policiers. Une agression nécessitant 7 jours d’ITT et causant, là aussi, un sévère traumatisme. La scène, filmée, n’aurait pu être retrouvée par l’IGS suite à la disparition suspecte des cassettes de vidéosurveillance. Une information judiciaire avait alors été ouverte, et l’actuel commissaire d’Aulnay avait tout de même écopé d’un an de prison, avec sursis, et d’un an d’interdiction d’exercer. Une peine plutôt peu sévère pour une agression d’une grande violence, dont on reconnaît des points communs avec l’agression du jeune Théo, à savoir, la volonté d’humiliation de la part de policiers tout-puissants à l’encontre d’un individu interpellé, en état de faiblesse, et à qui les policiers se permettraient de baisser les vêtements avant de lui enfoncer toute sorte d’objet entre les fesses, voire jusqu’au fond de l’anus.

Il est alors légitime de se demander si c’est donc à cela que se résument les techniques de la police du pays des droits de l’homme aujourd’hui ? C’est donc comme cela que les personnes censées faire respecter ces même droits de l’homme les enfreignent ? Et quand bien même des fautes seraient commises, c’est ainsi qu’elles sont punies et assumées : on écarte un policier un an, le temps que l’affaire s’endorme dans les consciences, avant de le muter vers de nouvelles contrées, où il tolérera à nouveau que la terreur soit semée par ses équipes ? Comment les citoyens peuvent-ils prendre au sérieux des représentants de l’ordre public, si eux-mêmes enfreignent l’ordre public sans risquer d’être inquiétés au même titre que tout autre concitoyen ? Si la corruption semble faire loi bien plus que la loi ne semble enfreindre la corruption, comment croire en un système aux normes inversées et insensées ? Comment s’entendre dicter des règles par des individus qui ne les respectent pas, qui les violent ? Comment avoir confiance et foi dans cet incroyable micmac institutionnel ?

C’est pourquoi, je m’exprime ici pour dénoncer un système honteux et une justice à qui l’on empêche bien trop de réaliser son œuvre véritable. Quand les architectes de notre démocratie ont rédigé la Déclaration des droits de l’Homme, ils signaient un testament dont la France devait hériter pour ne jamais le faire mourir. Ce testament était une promesse que tout citoyen, en France, serait garanti de ses droits inaliénables, dans la liberté, l’égalité, et la fraternité. Il est pourtant évident qu’aujourd’hui, la France a manqué à ses promesses à l’égard de certains de ses citoyens. Au lieu d’honorer la justice et l’égalité, elle a préféré laisser des individus abuser de leur fonction censée faire le bien, pour s’accaparer un pouvoir indécent et commettre des actes terribles. Il est temps de dénoncer ces injustices et de rétablir liberté, égalité, esprit fraternel, et justice, aux dépends de la haine et de la violence.

« Il faut se battre pour nos grands principes en utilisant les bonnes armes »

Ces derniers jours des échauffourées ont eu lieu dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis, en marge de manifestations de soutien à Théo, contre les violences policières : à Bobigny, Argenteuil, des centaines de personnes se sont réunies, ce week-end, pour manifester leur mécontentement face à ce système en déliquescence, face à cette justice indigne, prononcée au nom du peuple et venant pourtant le bafouer, face à une démocratie qui n’entend que certaines voix et tente de faire taire les autres, face à des coupables idéaux désignés et à d’autres cachés et protégés, face à une société des non-dits et de l’hypocrisie. Et je comprends les manifestants enragés et dégoûtés, comme je les comprends ! Il est, en effet grand temps de réagir et d’exprimer notre mécontentement, il est temps de faire entendre des voix que l’on  tente de bâillonner, il est temps de laisser place à la vérité. Il m’apparaît comme un engagement citoyen, un devoir même, que de lutter pour le respect des droits de l’homme ; car, celui qui ne pâtit de son irrespect aujourd’hui, pourra en être victime demain, et il est une nécessité citoyenne publique que de s’exprimer et de lutter pour une justice la plus juste possible et non une justice fantoche aux mains de juges corrompus par le système.

Mais, nous ne devons pas non plus nous rendre coupables d’agissements répréhensibles. Cela reviendrait à nous abaisser au niveau de ceux contre qui nous nous élevons aujourd’hui. Si certains policiers commettent des violences, rien ne sert d’en commettre aussi pour répondre par le même comportement haineux. Autrement, nous ne ferons que creuser le puit sans fond de l’ignorance humaine, un puit empli de la fange putride de la haine et de la colère, et qui ne résoudra rien. Si je pense qu’une véritable révolution doit avoir lieue, c’est d’une révolte citoyenne que je parle et dont nous avons besoin, pour panser les blessures d’une société dont les plaies ont déjà trop saigné, trop subi de violences injustifiables. Un véhicule de RTL a été incendié samedi à Bobigny, un journaliste de BFM qui quittait Argenteuil après son reportage a été agressé dimanche, un chauffeur de bus, recevant des jets de pierre, à été blessé au visage. La police a procédé, dimanche soir, à 11  interpellations, des messages d’incitation à la violence ont circulé à Argenteuil appelant à « foutre le zbeul. » Alors, oui, me direz-vous, pourquoi ne pas le faire, puisque ces actes, aussi violents soient-ils, sont menés pour faire entendre des voix que l’on tente de taire, et dans une optique honnête visant à rétablir la justice et à défendre Adama, puis Théo, ces nouveaux martyres de notre société ébranlée ; pourquoi pas, puisque ces gestes expriment une volonté de défendre des victimes et de condamner des présumés coupables trop protégés, trop peu inquiétés.

Et si j’entends cette démarche, elle ne résoudra cependant rien. Non à la violence ! Elle est trop souvent aveugle et ne fait qu’aveugler davantage le monde. La violence fait parler des violences policières, mais pas positivement, elles viennent presque justifier certaines violences de policiers poussés à bout par des situations comme celles-ci qui déplacent la faute et les débats, initialement penchés sur les violences policières, sur les violences en banlieues, une fois de plus. Et, j’appelle à cesser ces violences dans un esprit pacificateur car la haine appelle la haine  et rien ne la justifie si ce n’est que la bêtise tente de la justifier idiotement: certes, des policiers ont commis des violences policières et c’est honteux, mais tous les policiers n’en commettent pas, loin de là, alors pourquoi, en répondant à la violence, renforcer cette fracture sociale et creuser le terreau de la haine au lieu de bâtir celui du dialogue, de l’entraide et du vivre-ensemble, pourquoi renforcer les frontières comme des fractures inguérissables entre policiers et habitants des banlieues ? Et, de plus, vous vous trompez de cibles : pourquoi viser des journalistes, qui se chargent pourtant de défendre la liberté d’expression, qui font la lumière sur les affaires et donne aussi de la portée à vos voix ? Pourquoi s’attaquer à un chauffeur de bus, un concitoyen, qui s’insurgeait peut-être autant que vous des violences policières, pourquoi désigner des ennemis qui n’en sont pas, cela décrédibilise votre lutte et rend obsolète votre message de justice pour le remplacer par un besoin d’expression d’une colère vaine qui n’en sera que plus mal entendue.

Personne ne mérite la violence et s’abaisser à celle-ci, c’est s’abaisser à accepter que notre société n’est devenue qu’une fange sans nom, qui n’a plus foi ni en la justice, ni en nos grands principes ; or, il faut se battre pour ces derniers, en utilisant les bonnes armes, et pas des armes qui blessent et qui tuent.

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