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Débats

Affaire Tariq Ramadan : l’Islam, présumé coupable

Suite aux accusations de viol contre Tariq Ramadan, Karim Guellaty* revient sur la demande faite aux musulmans de rompre le silence et s’étonne du lien fait entre l’Islam et cette affaire.

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Affaire Tariq Ramadan ; « Silence dans les rangs musulmans » lit-on dans la presse. La messe est dite. Le muslim est appelé une nouvelle fois à laver plus blanc que blanc. 

Jusque-là, il lui était demandé d’assumer ses responsabilités lors d’attentats fait au nom de sa religion. C’est-à-dire que, non content d’être touché dans son cœur par ces ignominies terroristes, non content d’être atteint dans sa raison par cette violence barbare, non content d’être bafoué dans sa foi par ces pourfendeurs de religion, non content de tout ça, il devait assumer ses responsabilités. Soit.

Eh bien, désormais, un musulman accusé de viol, de harcèlement sexuel, bref un musulman accusé, et c’est toute la communauté qui doit le condamner, le vilipender, l’excommunier, demander pardon, faire amende honorable. Oubliez les règles républicaines de présomption d’innocence ou encore de laïcité.  Présomption d’innocence et Islam, ça s’appelle un antagonisme. Laïcité et Islam, ça s’appelle un prétexte.

Ça, c’est l’aspect agaçant de l’iceberg

Il y a aussi l’aspect frustrant, qui nous contraint à défendre Tariq Ramadan dans ses droits élémentaires de présomption d’innocence, parce qu’on pourrait légitimement et, sans avoir besoin de se victimiser, on pourrait légitimement considérer que son islamité l’exclu du bénéfice de ce droit. Sinon quoi d’autre ?  Même si c’est Tariq Ramadan, le respect des institutions française impose à tous de se battre pour sa présomption d’innocence. Comme on se bat pour la liberté de la presse, fut-elle utilisée pour blesser parfois.

La justice est rendue au nom du peuple français et non par le peuple français. Même Klaus Barbie a eu droit à un procès plus serein, et pas moins de six heures et demie de délibération pour qu’un jury populaire le déclare coupable. Il a fallu un statut facebook pour que Tariq Ramadan le soit. Mais passons sur ce débat-là, je ne défendrai pas Tariq Ramadan, ni ne l’accablerai. Respectons la France et ne nous substituons pas à la justice.

Et puis il y l’aspect fracassant de l’iceberg. Est-ce qu’une âme charitable aurait la gentillesse de nous expliquer le rapport entre les crimes reprochés à Tariq Ramadan et l’Islam ? J’ai beau n’être qu’un « Français de branche », j’arrive à faire la différence entre une vessie et une lanterne.

Est-il possible de laisser l’Islam en dehors de tout ça ?

Donc ? Quel lien entre viol, harcèlement sexuel et Islam, l’auteur, présumé coupable, fusse-t-il musulman ? Un témoin a-t-il entendu Ramadan hurler « Allahou Akbar »[1] lors de ses passages à l’acte présumés ?  A-t-il revendiqué ses prétendus crimes en s’appuyant sur un hadith de derrière les fagots ?

L’aspect fracassant, c’est qu’une nouvelle fois, l’Islam est mêlé à ça. Et cette fois-ci l’auteur — toujours présumé — des méfaits n’a même pas besoin de travestir l’Islam pour justifier de son horreur. Désormais on le fait pour lui. Oui, je vous vois venir, me disant qu’il était notre porte-parole, notre savant, notre gourou. Oui, je vous voir venir, guettant « notre » réaction. Alors vous condamnez ou pas ? Tout comme vous la guettez à chaque attentat : « Alors, vous condamnez ou pas » ?

Evidement que nous condamnerons ces faits s’ils sont avérés. Bien entendu qu’il s’agit d’actes immondes s’ils sont avérés. Pourquoi cette question ? Vous pensiez que, parce que musulmans, « nous » allions atténuer la souffrance des victimes, relativiser le crime et absoudre l’auteur ?  

Est-il possible de laisser l’Islam en dehors de tout ça ? On peut débattre jusqu’au bout de la nuit de Tariq Ramadan si vous voulez, le juger, le rejuger, le méjuger et le déjuger si l’humeur vous en dit. Mais on va laisser l’Islam de côté. Car l’islam n’est ni à Tariq Ramadan, ni à vous et même pas à moi. Et pardon de vous le dire aussi crument, mais l’islam ne répondra pas des faits supposés de Tariq Ramadan ni de quiconque d’ailleurs, car l’Islam n’est pas Tariq Ramadan, et Tariq Ramadan n’est pas l’Islam, vous non plus et moi non plus. Et personne d’ailleurs. Comme toute religion, elle est supra humaine. Dieu reconnaitra les siens le jour du jugement dernier, mais en attendant, j’ai bien l’impression que c’est le purgatoire.

Jugeons les Hommes pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils prétendent être

Quand un chauffard tue des gens sur la route, ce ne sont pas tous les conducteurs qui sont vilipendés, quand Marc Dutroux commet ses ignominies, ce ne sont pas tous les Belges qui sont condamnés, et quand les tenants de la « race » arienne ont commis ce qui est probablement un des plus ignobles massacres de l’Histoire, ce n’est pas toute la « race » arienne qui fut jetée à la vindicte populaire.

Jugeons les Hommes avec la raison, mais laissons les Hommes juger leurs religions avec leur foi. Laissons notre Islam tranquille, et cessons de le mêler à nos histoires bassement humaines, que ce soit pour justifier d’actions terroristes ou pour légitimer la vile peur de l’autre. 

Jugeons les Hommes pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils prétendent être. Et quand l’un d’eux est condamné, ce n’est pas la Pensée à laquelle il prétend appartenir qu’il faut décrédibiliser, mais c’est sa représentativité de cette Pensée qu’il faut remettre en question. 

J’aurais bien conclu par un « Assalemou aleykoum »[2], mais vous en ignorez le sens. 

[1] « Allahou Akbar » ne veut pas dire « Dieu est grand » mais « Dieu est le plus grand », laissant ainsi à l’Homme la possibilité d’être grand, de se surpasser. Ça s’appelle le Djihad ; le dépassement de soi, et non ce que certains essayent de faire croire et font ; trépasser les autres.

[2] Le pluriel de « Assalemou aleykoum » est utilisé même lorsqu’on s’adresse à une seule personne, car on souhaite la paix à son interlocuteur et à ses deux anges chargés de compter les bonnes et les mauvaises actions de chacun en vue du jugement dernier. Vous pensiez à une cantonade, cette paix est au contraire particulièrement ciblée.

Karim Guellaty, avocat de formation, est conseiller en stratégie, auteur du « Que sais-je ? » consacré au droit musulman paru aux PUF en 2000 et du roman « Abdallah », à paraître fin 2017.

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