Publié le 29 mai 2018 à 7h08. Mis à jour le 1er juin 2018 à 22h35.

Après une première audition qui n’avait que peu évoqué les faits reprochés à Tariq Ramadan, Henda Ayari a de nouveau été auditionnée le 24 mai. Alors que les juges avaient pointé « une contradiction entre la date évaluée des faits et (un) texto » envoyé à Tariq Ramadan, Henda Ayari ayant toujours affirmé avoir été violée par Tariq Ramadan en marge du congrès UOIF, soit entre le 31 mars et le 8 avril 2012, la plaignante a finalement admis un « problème de dates » et affirme que, après « des heures de recherches », elle aurait été violée le samedi 26 mai.

Mauvaise date, mais également mauvais lieu : c’est finalement à l’hôtel Crowne Plaza République que se seraient déroulés les faits et non à l’Holiday Inn comme elle l’assurait lors de sa première audition en fin d’année dernière. Pour corroborer ses propos, Henda Ayari a remis aux juges un de ses agendas dans lequel elle aurait noté la date d’un voyage à Paris précédé d’un rendez-vous chez son coiffeur, ainsi que le numéro de Tariq Ramadan « gribouillé » à sa demande.

280 messages que Henda Ayari a oubliés

Pourquoi avoir évoqué l’Holiday Inn auparavant ? « Il (Tariq Ramadan) m’avait parlé de l’Holiday Inn et donc, dans ma tête, j’ai gardé un souvenir. (…) Je pensais que c’était à l’Holiday Inn que cela s’était passé. Et je ne me souvenais plus, pour être franche. » Entendue par la 2e DPJ en décembre dernier, Henda Ayari avait, après avoir vu des clichés photographiques réalisés à l’hôtel Holiday Inn Paris Gare de l’Est dans les chambres 811 et 812 que ces clichés lui « parlent beaucoup. La décoration a changé aujourd’hui mais en voyant la photographie de la chambre 812 de 2012, je pense que c’est bien la chambre où se sont déroulé les faits. »

Lors de cette audition, les juges ont également pointé d’autres incohérences de dates : alors que Henda Ayari avait assuré avoir cessé les contacts avec Tariq Ramadan en août 2012, la plaignante lui avait en réalité envoyé des messages en 2013 et 2014 — au moins 280 messages. « J’ai fait le vide dans ma tête, et je ne m’en rappelais plus, indique Henda Ayari. Il y a beaucoup de choses que j’avais oubliées et qui sont revenues après comme des flashes. » Ces messages adressés à Tariq Ramadan, Henda Ayari assure les avoir envoyés pour se « rapprocher de lui » et « le remettre en confiance » pour « prendre une sorte de revanche. » Sa « stratégie » ? « Le séduire, lui plaire, pour le rendre amoureux, pour prendre le dessus sur lui. (…) Je voulais qu’il ait mal, comme il a fait du mal, c’était ma manière de me réparer », affirme la plaignante.

« Je voulais lui faire croire que j’étais une alliée »

Lors de l’audition du 24 mai, le juge revient également sur le double jeu de Henda Ayari vis-à-vis d’autres femmes, notamment la seconde plaignante, Paule-Emma Aline, avec qui elle a été en contact dès 2012. Dans un message envoyé à Tariq Ramadan, Henda Ayari affirme que celle-ci est une « une espère d’hystérique » qui a des « problèmes psychiatriques. » Elle « a été très méchante avec moi », assure aux juges Henda Ayari qui explique qu’elle livrait des informations à Tariq Ramadan sur Paule-Emma Aline et Majda Bernoussi par « stratégie ». « Je voulais lui faire croire que j’étais une alliée », dit-elle.

Outre les modifications dans son témoignage, les juges font remarquer à Henda Ayari que, concernant les factures téléphoniques qu’elle a données pour prouver qu’elle appelait régulièrement Tariq Ramadan, il manque le détail des SMS envoyés avant d’affirmer que le numéro devant correspondre à Tariq Ramadan appartient en réalité « à une personne résidant à Toulouse et ne serait donc pas le bon. » « Je ne sais pas », répond alors Henda Ayari dont les nouveaux propos devraient donner lieu à de nouvelles vérifications qui emmèneront les enquêteurs de l’Holiday Inn au Crowne Plaza République.