Contactez-nous

Interviews et Portraits

Affaire Tariq Ramadan : le comité de soutien à l’unisson

Yamin Makri, ami de Tariq Ramadan, et Iman, l’épouse du professeur, reviennent sur les derniers développements de l’affaire. Ils dénoncent un traitement médiatique à charge et rappellent leur combat pour la présomption d’innocence. Interview croisée.

Publié

le

LeMuslimPost : Selon Le Point, Me Emmanuel Marsigny, l’avocat de Tariq Ramadan, a indiqué que ce dernier « ne conteste pas avoir eu une relation » avec une des plaignantes mais que « ce n’est pas la relation qu’elle a décrite ». Etiez-vous au courant de cette information ?

Yamin Makri : Tariq Ramadan a été accusé de viol. Les éléments qu’apporte Me Marsigny impliquent une relation, certes, mais ils le disculpent de toute relation non consentie. Je pense qu’il faut faire une différence entre le traitement politique, juridique et moral. Au niveau politique, nous dénonçons, et nous continuerons de le faire, la manipulation de certains. Il est évident que, depuis le début de l’affaire, au niveau politique et médiatique, ce n’était pas seulement l’homme qu’on jugeait.

Au niveau juridique, cette affaire apparaît bien plus complexe qu’on le pensait à l’origine. Et on se rend bien compte de la difficulté des juges pour asseoir une décision. Nous leur faisons confiance. Des éléments probants à décharge ont été apportés. Nous espérons que cela permettra de libérer un homme très malade qui doit préparer sa défense face à des accusations lourdes.

Iman Ramadan : Les contacts limités que j’ai avec mon mari depuis son incarcération ne me permettent pas d’avoir une discussion profonde et franche pour le moment. La presse a l’air d’avoir plus d’informations que la famille et continue, comme depuis le début de cette histoire, à colporter des bruits, des mensonges et des rumeurs pour salir mon mari. On ne peut prendre position sur des rumeurs ou même des faits relatés sans entendre le principal intéressé. Malheureusement, depuis le début de cette affaire, le lynchage médiatique a empêché sa voix d’être entendue. Des choses sont dites dans les médias, mais c’est la parole de Tariq qui sera importante. Même l’avocat a demandé au procureur que les médias cessent de diffuser des informations non correctes.

« Tariq Ramadan est mon ami, et il le restera. Ces faits ne concernent que sa famille et la communauté » (Yamin Makri)

Yamin Makri : Sur le plan moral, nous étions habitués aux multiples diffamations des opposants de Tariq Ramadan. Nous n’y avons jamais accordé aucun crédit. Aujourd’hui, c’est son avocat qui nous parle de « relation avec une des plaignantes ». Sur cela, je voudrais être très clair : je ne me prononce pas sur des accusations portant sur la vie privée d’une personne tant que je ne l’ai pas entendue. Tariq Ramadan est mon ami, et il le restera. Par contre, il est évident qu’il devra se positionner sur ces faits. Cela ne concerne que sa famille et la communauté, et je ne vois pas pourquoi cela devrait être sujet à débat public.

Iman Ramadan : Pour moi, l’essentiel aujourd’hui est de dénoncer les accusations mensongères dont il fait l’objet et qu’il conteste. Je demande à tous de respecter cela : mon mari est accusé de viols qu’il n’a pas commis et qu’il nie depuis le début. Notre devoir d’être humain est de prendre la défense de celui qui est accusé à tort et injustement traité.

Aujourd’hui, est-ce que ces dernières informations relayées par la presse ont une incidence sur votre soutien, jusque-là indéfectible, à Tariq Ramadan ?

Yamin Makri : Non, absolument pas. Personnellement, je n’ai défendu que la présomption d’innocence tout en dénonçant un traitement médiatique à charge. Mais je ne trouverais pas anormal que des membres du comité de soutien, au vu de ces éléments, se retirent.

« Mon mari est un homme, il n’est pas parfait. Notre famille le soutient pour un crime qu’il n’a pas commis » (Iman Ramadan)

Iman Ramadan : Nous nous battons pour sa libération, pour son droit à la présomption d’innocence et pour que cesse le traitement dégradant qu’il subit. Mon mari est un homme, il n’est pas un ange, il n’est pas parfait. Il peut commettre des fautes. Notre famille le soutient pour un crime qu’il n’a pas commis. Le reste, c’est entre lui et Dieu, et entre lui et sa famille. Les choses privées se gèrent dans le privé et ce qui est public ne peut être géré qu’en écoutant les principaux intéressés. Et pour finir, il n’appartient qu’à Dieu de juger les hommes et leurs actes.

Ce qui fait tenir Tariq malgré la maladie et l’injustice qu’il subit est de savoir que cette épreuve est voulue par Dieu et qu’elle a un sens. Nous devons être les cœurs qui accueillent le sens et non des inquisiteurs d’un tribunal de moralité ni des observateurs qui jugent les faits au détriment de la présomption d’innocence, donc de la justice. 

Il y a d’un côté les trois plaignantes qui mentent et se contredisent, comme cela a été mis en évidence par Me Marsigny et, de l’autre coté, il y a une mise sous silence de la voix de Tariq pour pouvoir le salir. Il a depuis le début réservé sa parole à la justice. Pour rappel, ce sont ces accusations qui ont entraîné sa détention avec toutes les conséquences que l’on sait aujourd’hui sur sa santé et qui l’ont, comme je l’ai mentionné, privé de parole jusqu’à présent.

Fermeture de la cagnotte, soutiens plus discrets… Qu’en est-il aujourd’hui du comité de soutien ?

Yamin Makri : Je pense que le comité de soutien a fait son travail en dénonçant le traitement médiatique de cette affaire. Aujourd’hui, l’avocat de Tariq Ramadan a suffisamment d’éléments pour démontrer que les trois accusations de viol sont infondées. Une demande de libération va être faite. Tariq Ramadan et sa famille pourront ainsi mieux organiser sa défense. Nous devons dorénavant laisser cette affaire être traitée dans la sérénité, sans manipulation aucune. La famille Ramadan qui gère les deux cagnottes devra faire un bilan financier de la manière dont a été utilisé cet argent. Nous avons toujours été transparents, et nous devrons le rester.

« Nous sommes une communauté fidèle à des principes et à un Livre référent qui est le Coran » (Yamin Makri)

Si la demande de liberté aboutit ces prochaines semaines, quel est l’avenir de Tariq Ramadan, que ce soit personnellement et professionnellement, ainsi qu’au sein de la communauté ? Cela n’est-il pas un coup très lourd porté à la communauté musulmane ?

Yamin Makri : C’est à la personne concernée qu’il faudra poser la question. Pour ma part, j’ai toujours été contre la personnification et la surmédiatisation qui ne permettent pas un vrai travail de profondeur sur les enjeux et les défis de la communauté musulmane en France et dans le monde. Le message de l’Islam est bien au-delà d’un homme et de ses défaillances, supposées ou non. La communauté musulmane française regorge de potentialités, d’esprits éclairés, de femmes et d’hommes à la spiritualité rayonnante.

La réaction forte et unitaire, toutes tendances confondues, de la communauté musulmane, face à cet « appel des 300 » qui voudrait abroger certains versets du Coran, est impressionnante. Cela prouve bien que nous sommes une communauté fidèle à des principes et à un Livre référent qui est le Coran. Cette fidélité aux valeurs et à ce Livre nous permet de dépasser toutes les défaillances humaines qui font partie de nos réalités ici bas.

Les réactions intelligentes de certaines personnalités, musulmanes ou non, face à cet appel insensé, me donnent un énorme espoir sur l’avenir de notre communauté dans ce pays. Tant que nous resterons tous fidèles aux principes et aux valeurs qui nous réunissent et que nous saurons dépasser toutes les peurs, les craintes, et les haines, un vivre-ensemble sera toujours possible. C’est mon espoir et le sens de mon action.

« Tariq Ramadan prendra la parole sur cette affaire en temps voulu et restera, comme il l’a toujours fait, au service de la communauté » (Iman Ramadan)

Iman Ramadan : On espère que la démarche aboutisse rapidement car il subit aujourd’hui une double peine : celle d’être incarcéré injustement et celle de ne pas pouvoir bénéficier d’un traitement médical approprié. Ce qui est incompréhensible dans un pays comme la France. Son état de santé est chaque jour plus préoccupant sans une prise en charge adéquate. Jusqu’à quand ?

La première chose qu’il fera sera de prendre soin de lui et de sa santé. Au niveau professionnel, l’Université d’Oxford le soutient et attend les conclusions de l’affaire. Au niveau communautaire, Tariq Ramadan prendra la parole sur cette affaire en temps voulu et restera, comme il l’a toujours fait, au service de la communauté. Il prendra le temps de recontacter et de remercier tous ceux qui l’ont soutenu dans cette affaire.

Laisser un commentaire

Horaires de prière

Horaires de prières

Facebook

Tweets

Muslimoscope

Publicité

A la une