Mardi 23 novembre s’est ouvert le procès au Conseil des Prud’hommes qui oppose Mohamed Amghar à l’entreprise Intergraph France. Cette dernière avait obligé son employé à porter le prénom Antoine, pendant une vingtaine d’années. 

Mohamed Amghar, un ingénieur aujourd’hui à la retraite, a saisi le Conseil des Prud’hommes de Créteil en 2019. L’entreprise qui l’employait depuis vingt années l’avait forcé à changer de prénom dans le cadre de son travail. Voil​​à que Mohamed troquait son prénom pour Antoine, pendant ses heures de travail. Le procès de l’entreprise s’est ouvert ce mardi 23 novembre pour discrimination raciale et harc​èlement moral. 

Aux origines de cette affaire

Tout commence en janvier 1997, lorsque Mohamed Amghar est embauché comme ingénieur commercial dans une entreprise de logiciels. L’entretien chez Intergraph France se déroule bien jusqu’au moment où son supérieur hiérarchique lui annonce qu’il va falloir changer de prénom, en spécifiant de ne pas choisir Philippe.

En raison de sa situation familiale et financière difficile, il accepte à contre-coeur. C’est ainsi que Mohamed Amghar devient Antoine Amghar. Signature électronique, cartes de visite et m​ême fiches de paie sont à son nouveau nom. 

Une pratique courante ?

La démarche juridique de Mohamed, traduit sa volonté de recouvrir sa dignité. Humilié, il demande une réparation morale, suite au préjudice qu’il a subi durant toutes ses années. Cette pratique qui semble inconcevable, bien que rare, est pourtant mise en œuvre par certaines entreprises.

La loi sur les libertés individuelles au travail stipule que si la demande est proportionnelle au but recherché et justifiée par la nature de la tâche du salarié, le changement de prénom est alors possible. Mais dans le cas de Mohamed, d’autres motivations sont à l’origine. Il s’agit là de discrimination purement raciale. 

L’arrêt de la Cour de Cassation, datant de 2009 précise que demander​ à un salarié de changer de prénom lorsque ce prénom traduit une origine ethnique ou géographique ou l’appartenance à une religion, est une violation du Code du travail et une discrimination. Mohamed devrait normalement obtenir des réparations après des années de souffrance.